ENVOYÉ SPÉCIAL À ROTTERDAM

Agrandi, disposant de nouvelles aires d'études, de lieux de relaxation, d'une salle d'immersion technologique parmi ses 20.000 oeuvres patrimoniales, l'institution rotterdamoise se devait de nous en faire voir d'emblée de toutes les couleurs. D'entrée de jeu, des vitrines de liaison sont les faire-valoir de richesses muséales qui brassent sept siècles d'art. D'un côté, vous avez d'époustouflants Van Eyck, de superbes Bosch, dont le fameux «Enfant prodigue», une «Tour de Babel» de Bruegel le Vieux, des Titien, Rubens, Saenredam et Rembrandt comme on les aime et, à l'opposé, de non moins remarquables pièces en acier corten de Richard Serra, un mur tout en rouge et en glaces de Daniel Buren ou une pyramide de Thomas Schütte. Entre les deux, bien évidemment, l'art moderne, de Van Gogh, Cézanne et Van Dongen à Mondrian, est illustré par de bons tableaux. Toutefois, pour cette réouverture, deux périodes de l'art du XXe siècle ont les faveurs d'un accrochage ciblé. Les surréalistes d'abord : un de Chirico précurseur et son «Troubadour» de 1924, une demi-douzaine de Magritte fort estimables, tels «La reproduction interdite» et «La jeunesse illustrée» (1937), de bons Dali comme ce «Couple aux têtes pleines de nuages» de 1936. A leurs côtés, un Delvaux de 1942, «Les Phases de la lune III», un Ernst, des Man Ray. Un second éclairage insiste sur un «Parti pris 1960-1975». De Rotella à Beuys, en passant par les artistes Pop, d'Oldenburg à Warhol, de César à Richter, de Broodthaers à Gilbert & George, le compte suffit à nous persuader que cet art-là a pris un coup de vieux!

Origine des choses

«L'origine des choses» est une exposition admirablement mise en scène qui nous véhicule à travers une série de créateurs particulièrement inventifs dans le domaine de l'objet utilitaire. Qui plus est, l'installation est aussi une invitation à la découverte, car elle illustre aussi l'idée de départ qui a présidé à la production de l'objet fini. La démonstration démarre avec les papiers peints et les tissus de l'Anglais William Morris au XIXe siècle et elle se conclut avec des intérieurs très actuels de Rem Koolhaas. Ils sont à 30 à vous surprendre par leur ingéniosité. Au fil de l'éventail vous avez le choix entre un prototype Ford très inattendu, des créations de John Galliano pour Dior, un lustre décoiffant de Paul Henninger, des théières de Wim Gilles.

Les designers d'aujourd'hui vous surprendront par quelques audaces inédites. Ainsi du lit-clos farfelu de Jurgen Bey; de cette peau d'ours en... faïence d'Eelko Morer. Des vaisselles, des vêtements, des lustres, des sièges pour enfants, des souliers même ont de quoi vous donner aussi le tournis. Enfin, une exposition du Cabinet des Estampes est consacrée aux suites de gravures de Richard Hamilton qui, voeu de jeunesse en cours d'exécution depuis 1980, illustre «Ulysse» de James Joyce. Sept des dix-huit chapitres ont leurs images. Découvrez-les !

Museum Boijmans Van Beuningen, Museumpark 18/20, Rotterdam (Tél. 31 (0) 104419400). du mardi au samedi, de 10 à 17h; dimanche et fériés, de 11 à 17h.

© La Libre Belgique 2003