Arts et Expos

Like but Unlike" : ce titre générique d’une vaste installation qui, regroupant cinq pièces à conviction - objets, vidéos, sculpture en sorte de trompe-l’œil - évoque principalement le côté paradoxal de toute chose, toute situation, toute évocation. Intéressée par l’Histoire de la colonisation, des peuples soumis et de l’intérêt porté par les colonisateurs sur les objets réalisés par les colonisés, objets de cultes et croyances, Pauline M’Barek, jeune Allemande de 33 ans qui vit en Belgique, s’interroge, nous interroge, sur le bien-fondé de ce que nous avons fait, en Occident, d’objets censés intercéder auprès des dieux. Et pourquoi avons-nous agi ainsi ?

Sans juger ni préjuger, l’artiste a conçu une œuvre en plusieurs déclinaisons possibles. Une œuvre qui, poursuivie avec conviction, sera demain différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Une œuvre qui questionne, en appelle à l’intellect, mais aussi, et surtout, aux sens, à la sensibilité, à la réaction de qui la regarde et s’en émeut. Peut-être, dans la salle même, une explication du contexte aurait-elle été la bienvenue auprès de cette œuvre qu’il faut aborder simplement, mais en connaissance de cause.

Pour jeune qu’elle soit, M’Barek a un solide métier déjà, une conscience affûtée trempée dans de belles convictions, un sens aigu de l’image qui fait mouche, pourvu qu’on aille à elle sans œillères. Lorsqu’elle présenta son œuvre - quelque peu différente de ce qu’elle est devenue - au jury du Prix Art’Contest, qui doit tant à Valérie Boucher, la réaction des spécialistes fut immédiatement positive et le Prix lui fut attribué à l’unanimité. D’où cette exposition, récompense concrète et heureuse, au Musée d’Ixelles.

Attentive au blé qui lève, Claire Leblanc, sa directrice, accueille la lauréate, belle expérience pour une jeune femme qui en veut, peaufine chacune de ses installations et participations avec le souci du travail abouti, réalise ainsi des prouesses millimétrées. C’est bien le cas ici encore quand cinq pièces à conviction, apparemment sans suite entre elles, complotent de mèche un regard sans obscurantisme sur un Occident qui, trop longtemps, a cru pouvoir tout régenter et dominer. Et si concept il y a à la base, chaque pièce est en soi un moment de réflexion à saisir et réfléchir. Première accroche : 6 formes en fer au mur qui, si elles nous rappellent, ici, fourche de bicyclette, là, ustensile aratoire, sont, plus exactement, des socles très contemporains pour pièces tribales muséales !

Les suit une espèce de ligne indéterminée qui, arrimée, d’un côté, au mur, se déroule, menaçante, comme cobra en furie. Elle représente, plus prosaïquement, une corde de musée censée protéger les œuvres. Une vidéo, tout en bruits et lumières, met en scène deux mains qui, gantées de blanc, préservation muséale oblige, tiennent avec délicatesse et componction des œuvres d’art - coiffes, objet, statues - en réalité autrement plus cultuelles qu’esthétiques. Plus loin, en coin, une espèce de vitrine, vide, semble en attente du fétiche du visiteur Enfin, une seconde vidéo projette sur le mur toutes les bonnes questions relatives aux objets de musée que devraient se poser ceux qui s’y intéressent peu ou prou. Il va de soi que la mise en espace, voulue par M’Barek, est partie très prenante du tout. Quant aux douceurs des mains qui manipulent, comme elles contrastent avec l’Histoire cinglante de la colonisation ! Comme tout est ambigu dans notre monde de manipulations ! M’Barek chorégraphie ses questionnements sur l’humanité. Son art bouge, vit, interpelle.

Au Musée d’Ixelles, 71, rue Jean Van Volsem, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 26 mai, du mardi au dimanche, de 9h30 à 17h. Infos : www.museedixelles.be et www.artcontest.be