C’est, en filigrane, au second chapitre de l’histoire du mouvement surréaliste que s’attaque une exposition qui se parcourt allègrement, tant sa mise en scène, ludique, animée, donne vie à une exploration qui s’avère tout autant histoire qu’expression d’un art sans œillères et surtout sans balises. Tout, à l’époque, entre 1920 et 1940, semble avoir été permis… Pourvu que l’esprit de la cause y fût respecté. Âme damnée des surréalistes, André Breton y veillait ! Accueilli par neuf têtes monumentales de célébrités de la cause surréaliste, dont celles de Breton, Picasso, Dali ou Giacometti, revues par la patte Wang Du, vous voilà en veine de références pour un engagement surréaliste aussitôt vivant. Avec un rappel dès l’entame : dix ans avant la mise à feu de ce qui fut compris comme une révolution, Chirico et Duchamp avaient inventé le Ready-Made par mannequins (sur les toiles du premier) et porte-bouteilles (reconverti objet d’art par le second) interposés. Et ces signaux auront opéré des années durant, les mannequins puis les poupées de Bellmer ayant ponctué les diverses manifestations surréalistes. Le Manifeste de Breton de 1924 est formel : le mannequin est "l’un des objets les plus propices à provoquer le merveilleux surréaliste, le sentiment d’étrange étrangeté inspiré à Freud par la Poupée du conte d’Hoffmann".

Un engagement politique

Le second chapitre, c’est, en 1927, l’engagement de membres directeurs - Breton, Aragon, Eluard, Péret - dans les rangs du Parti communiste français. Comme si leur premier credo pour une réinvention du réel par le rêve et l’inconscient pouvait trouver quelque écho auprès du matérialisme et du réalisme inhérents au communisme. Et Breton, pour contrer la complexité du rapprochement, d’en appeler à une "physique de la poésie" confortée par l’iconoclasme dadaïste. C’est dans cet amalgame de prises de positions, de vérités et contre-vérités, que se diversifia une création surréaliste loin d’être toujours orthodoxe aux yeux du pape Breton. Lequel exclut sans aménité les rebelles aux dogmes.

De la peinture "L’inquiétude de la vie ou l’astronome", de Giorgio de Chirico, en 1914-1915, à la photographie de Man Ray de 1933, "Machine à coudre et parapluie", bien des avatars auront émaillé l’engagement, signe qu’art et politique font rarement chorus.

Toute une époque

Les œuvres et les ambiances se suivent, se ressemblent ou se distinguent, d’une personnalité à l’autre. Ce qui sous-tend une atmosphère sympathique, qu’accentue - trouvaille du commissire Didier Ottinger - une mise en parallèle par le jeu d’une rue centrale traversant l’expo principale, de folles créations contemporaines, signées Mona Hatoum, Paul McCarthy, Haim Steinbach, Présence Panchounette, Ed Rusha, Cindy Sherman, Théo Marcier… Avec, à l’entour, l’évaluation surréaliste historique, assortie de dizaines d’objets cultes. D’abord, les objets à fonction symbolique de Giacometti, Dalí ou Breton, les photos de Brassaï. Puis tout un département Alberto Giacometti, auteur, à ce moment-là, d’objets sacrificiels violents. Il s’en accommoda trois ans, retrouva la figure humaine, fut exclu par Breton ! "La Poupée" chère à Bellmer est un pôle d’attraction en raison de sa dimension érotique. Et "Grandeur nature", un film de 1973 de Luis Garcia Berlanga, avec Michel Piccoli, raviva ce rêve libidineux. Puis, foule d’objets en lice, rappel des expositions internationales du Surréalisme, à Paris, en 1933 et 1936. Max Ernst, Miró, Oscar Dominguez, Magritte, Marcel Mariën, Dali, mais aussi poupées Kachina, masques rituels d’Afrique et d’Océanie, objets naturels… Des associations pour le meilleur et le pire. Avec, prince goguenard, Miró pour une sortie toute en couleurs.


Centre Pompidou, Paris. Jusqu’au 3 mars, fermé le mardi. Infos : +33-(0)1.44.78.12.33 et www.centrepompidou.fr Catalogue éclairé et éclairant, dictionnaire indispensable, 340 pp., Éd. du Centre Pompidou.

Bruxelles-Paris en 1h22, 25 fois par jour, avec Thalys : www.thalys.com