Quand Kikie Crêvecœur installe son barda, s’installe avec ses gravures (par centaines), ses livres illustrés (par dizaines), ses tirés à part (sélectifs), son énergie, ses enthousiasmes, ses images à gommes-que-veux-tu, c’est tout un monde, un univers, un petit théâtre du quotidien et des imprévus qui s’en vient à vous, sans crier gare peut-être mais non sans vous sourire par sa simplicité, sa bonne humeur, ses vérités sous le manteau.

La Wittockiana ne pouvait, juste échange, que lui sourire à son tour. Directrice sensible aux surgissements, implications, saveurs et ferveurs d’une Kikie sans faux col, Géraldine David, qui préside aux destinées du lieu, a mis la main à la pâte, tête qui pense et ordonne, pour soutenir l’artiste dans une mise en espace qui n’avait rien de gagné d’avance quand Kikie grave aussi de très petites choses, des gommes, solitaires ou en ribambelle, qui se déplient, se déploient, s’étalent en attisant des curiosités soumises aux regards avides.

Kikie dans ses meubles

La mayonnaise a pris et l’ambiance confie au plat de gourmet des images, des entendus et, surtout, des inattendus, une part de profondeur qui justifie la simplicité des ferveurs.

Crêvecœur a le cœur sur la main et c’est en allant à l’assaut d’improbabilités, qu’elle crève l’écran par des audaces qui bousculent l’entendement. Une grande pièce arborée (prêtée par Le Salon d’Art) relève de l’assemblage improbable de centaines de gommes gravées posées dans l’urgence (avant que cela ne sèche) par une artiste obligée de cavaler entre l’atelier et la pièce où sa feuille monumentale prend forme et confirme l’expression de l’ensemble.

Des vitrines, idéales pour la juxtaposition de petites pièces à lire tête baissée, confèrent du rythme à une présentation par ailleurs aérée qui, de l’entrée à la Réserve précieuse, multiplie les exploits et secrets d’une artiste à laquelle, pour son confort et son sourire, rien ne peut échapper.

© Kikie Crêvecoeur

Kikie Crêvecœur, outre son art gravé pour son plaisir, illustre aussi des livres entre les pages desquels son autre plaisir prend facilement la pose de clins d’œil ajustés. Les découvrir dans leur diversité multiplie, diversifie le plaisir qu’en visiteur attentif, on prend, à son tour, à en tourner mentalement les pages, à en deviner les tours et détours.

Dans le catalogue, le texte de Pierre-Jean Foulon se lit comme une belle histoire, ce qui est un bel avantage. Alors que, plus loin, Caroline Lamarche évoque les "Trognes", démarche résistante de Kikie face à la nature à laquelle notre poétesse a collaboré mois après mois, "puisqu’il s’agit de la vie d’un arbre durant quatre saisons".

D’où "un poème par gravure, un ou deux mots par vers, et le mot ‘noir’ qui voyage de ligne en ligne, ouvrant et clôturant la série, pour rendre hommage au noir somptueux de Kikie". D’où, aussi, un merveilleux ouvrage de la collection "Textes et Images" réalisé par les Éditions Tandem. L’art de Kikie se déguste.

Kikie Crêvecœur entre les pages Art gravé Où Bibliotheca Wittockiana, 23, rue du Bemel, 1150 Bruxelles. 02.770.53.33 et www.wittockiana.org Quand Jusqu’à fin août. Les mercredis, samedis, dimanches, de 10 à 18h. Attention : prévenir par mail au minimum 24 heures à l’avance (info@wittockiana.org). Catalogue Textes de Pierre-Jean Foulon, Caroline Lamarche, Michel Barzin. Éditions Esperluète, 96 pages. Prix 22 €

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