Arts & Expos

Titrée "Maendeleo", ce qui, en swahili, signifie "progrès", l’exposition - financièrement soutenue par Georges A. Forrest et l’asbl "Dialogues" de Lubumabashi, centre de création plastique situé au musée de la ville katangaise - rassemble, grâce à la bonne écoute de Marie-Hélène Joiret, pour partie des plasticiens que l’on avait pu rencontrer à l’occasion de Yambi, et qu’il était utile de revoir dans leur évolution, et, par ailleurs, des plus jeunes artistes, de Kinshasa et de Lubumbashi, émergés plus récemment, et des plus âgés, mémoires vivantes de cette Ecole du Hangar qui fit florès à Elisabethville à partir des années cinquante.

Ces derniers, Kanyemba et Muvuma, sont des héritiers directs des Mwenze, Pilipili et autres Bela qui vantaient, avec des couleurs et des images idylliques, le paradis perdu. Leurs images n’ont pas vieilli, préservent le charme d’une naïveté à toute épreuve. Il en va de même quand Thomas Kabula peint la vie au village au travers de sa passion pour la céramique. L’ambiance - développée par la jeune génération, celle des quadragénaires Aimé Mpane, Freddy Tsimba et Francis Mampuya - est tout autre.

Pour eux, qui ont connu misère et guerres, incertitudes et dérives financières et politiques, il s’agit d’évoquer à la fois l’héritage colonial et les vicissitudes présentes. Troquant ses douilles contre des cuillères, Tsimba sculpte des êtres qui ont mal à leur devenir, tandis que Mpane fustige et le roi dollar qui régente tout et l’emprise coloniale occidentale qui a défiguré son pays. Mampuya traque l’être dans son identité faciale. D’autres sculpteurs brouillent notre entendement en posant le doigt sur les réalités sociales. Prince Tshimé impose l’image du bonhomme qui ploie sous le fardeau quand, ailleurs, la Kalachnikov sème la peur partout. Daddy Tshikaya joue sa partition à ciseaux tirés et ses personnages ne rigolent pas.

Comme pour donner le change, le chef coutumier Agxon y va d’effigies de fer, légères et spirituelles. Dans la veine de ce qu’il nous avait montré hier, mais comme ces photos-là sont belles !, Gulda El Magambo explore, entre couleurs et lumières, une séance chez un devin : le boxeur aux gants rouges gagnera-t-il son combat ? Et Douglas DC a filmé la séance. Restent des peintres encore. De Lubumbashi, Trésor Malaya croque de curieuses effigies, tantôt bariolées et tantôt échevelées, brunes et noires : mal-être ou interpellation ? Deux jeunes Kinois nous invitent surtout à ouvrir l’œil : Bouvy Enkobo, plus abstrait que figuratif, palette dense et solide, et - fer de lance d’une génération qui, sur fond de traditions, veut faire entendre sa voix et qu’on en finisse avec les fausses promesses et les mensonges - Steve Bandoma, encres et collages sur papier, peint des idoles qui éructent ! Cette exposition ira ensuite faire entendre ses messages au Parlement de la Communauté française, 72, rue Royale, 1000 Bruxelles, du 21 mars au 12 avril.

Au Centre wallon d’art contemporain "La Châtaigneraie", 19, chaussée de Ramioul, Flémalle. Jusqu’au 17 mars, de 14 à 18h (sauf le mardi, de 14 à 17h). Fermé lundis, jeudis et fériés. Entrée libre. Infos : 04.275.33.30 et www.cwac.be