Avec le Mahabharata, le Ramayana (littéralement : "le parcours de Rama") est le récit le plus connu en Inde. Chacun en connaît l’histoire et les élèves l’apprennent dès la maternelle à l’école. Plusieurs fêtes annuelles rappellent les protagonistes de cette saga écrite à l’origine en sanskrit, comprenant sept livres (les "kandas") et 24000 couplets (48000 vers). Le Ramayana fut écrit entre le IIIe siècle avant JC et le IIIe après JC. Ce long poème est attribué à un ermite légendaire, Valmiki qui apparaît au début et à la fin du texte.

Pour Europalia Inde, on peut retrouver ce monument de la littérature mondiale au musée du Cinquantenaire, via une suite de 101 miniatures anciennes, placées côte à côte comme une bande dessinée.

L’histoire complexe se résume ainsi : Rama est le prince héritier d’Ayodhya et un des dix avatars du dieu Vishnu qui l’a choisi pour prendre forme humaine. A la suite d’une intrigue de palais, il doit s’exiler pendant 14 ans dans la forêt avec son épouse Sita et son demi-frère, Lakshmana. Mais là, la belle et vertueuse Sita est enlevée par ruse par Ravana, le roi des démons qui a dix têtes et vingt bras (il a des pouvoirs reçus de Shiva et habite sur l’actuelle Sri Lanka). Mais Rama, après bien des aventures, réussira à délivrer Sita et à tuer Ravana, grâce à l’aide décisive de l’armée des singes conduite par le général singe Hanuman. Une annexe du Ramayana raconte comment Sita fut accusée à tort d’adultère.

Le Ramayana est une histoire de courage, de fidélité, d’amitié d’amour et de justice. Il possède une profonde signification religieuse.

L’homme bleu

L’histoire a ses "canons" obligatoires : Rama est peint comme un homme à la peau bleue (car il était "foncé"). Ravana a toujours dix têtes et vingt bras. La mort de Ravana par Rama est une fête annuelle (Dusshera) pendant laquelle des effigies de Ravana sont brûlées. Hanuman, le général des singes, est resté très populaire et chaque année se déroule un festival Hanuman pendant lequel les enfants se déguisent en singe. Hanuman est décrit comme assez fort pour soulever des montagnes, tuer des démons et rivaliser de vitesse avec Garuda, l’oiseau véhicule de Vishnu.

Avec l’aide d’un fascicule racontant l’histoire, presque miniature par miniature, le visiteur peut suivre ce récit et découvrir les miniatures du riche musée national de New Delhi. Elles ont été peintes entre le XVIe et le XIXe siècles. Si le style évolua, si certaines sont plus réussies que d’autres, on retrouve toujours les mêmes épisodes de la même histoire. Le grand empereur moghol Akbar (deuxième moitié du XVIe siècle), perse, tolérant, musulman, fit traduire le texte en perse et de nombreux artistes de sa cour s’en inspirèrent.

En plus de la découverte du texte, on s’amuse, souvent avec ravissement, à découvrir les mille et un détails de ces peintures et leurs couleurs intactes.

Le Ramayana continue encore aujourd’hui à inspirer des BD, la publicité ou des films de Bollywood ou d’animation.


Ramayana, miniatures indiennes du musée national de New Delhi, au musée du Cinquantenaire, jusqu’au 18 mai.