Arts & Expos

Remarquable rétrospective de la grande artiste allemande: la fantaisie des surréalistes et des performeuses.

C’est une passionnante et remarquable exposition que le Centre Pompidou-Metz consacre à Rebecca Horn, née le 24 mars 1944 à Michelstadt, en Allemagne, toujours active même si de graves problèmes de santé la limitent désormais.

Son art touche autant à la performance, à l’installation et au dessin, qu’à un cinéma formidable à redécouvrir. Il s’inspire de thèmes issus de la mythologie, des rêves et des contes, mais avant tout de son propre corps, de sa souffrance et de sa jouissance.

L’exposition fait dialoguer ses oeuvres avec celles des surréalistes dont elle s’est inspirée et on admire à Metz, Man Ray, Max Ernst, Marcel Duchamp, Dali et -on y reviendra- Meret Oppenheim.

Elle s’est imprégnée tout autant du théâtre de la cruauté d’Artaud que du cinéma délirant et savoureux de Bunuel et de Buster Keaton. Son art rejoint celui de ses grandes contemporaines comme Louise Bourgeois ou Marina Abramovic.

© Rebecca Horn, ADAGP 2019

C’est la souffrance qui la mena vers son art. Belle étudiante d’Hambourg, jouissant de la vie à Barcelone, elle maniait du polyester et de la fibre de verre pour créer des sculptures au départ des parties de son corps. Mais elle fut grièvement intoxiquée par les vapeurs et dut passer près de deux ans en sanatorium.

En 1970, elle commence une suite de performances restées célèbre avec d'étranges et beaux objets prolongeant son corps meurtri par la maladie: doigts immenses caressant les murs, une corne de Licorne placée sur sa tête et sanglée par de bandelettes blanches autour de son corps nu. Elle s’avance alors droite dans les champs de blé. Elle invente des habits de longues plumes soyeuses et sensuelles qui se referment sur elle comme un éventail, c’est La Douce Prisonnière.

Sensualité, poésie et mysticisme (une installation avec des mots dansant et un long bras agitant doucement l'eau d'un bassin), violence rentrée (le couteau manié par un bras qui frôle la pierre et fait éclater le sang). Elle a expliqué en 1993 ces antagonismes qui fondent son art : être à la fois sujet et objet, corps et machine, humain et animal, désir et violence, force et infirmité, harmonie et désordre. « C’est la façon dont nous abritons en nous les émotions, des forces opposées, par exemple la tendresse et l’agressivité, qui sont reliées par un fil tendu par un arc, c’est cette sensation d’un flux perpétuel d’énergie, qui maintient les choses en mouvement ».

© Rebecca Horn, ADAGP 2019

En Toscane

Après les performances autour de son corps « carcan et cocon », elle remplace les prothèses par des machines, menaçantes et désirantes. Un jeu de forces instables, drôle, ou guerrier, entre Eros et Thanatos. Ses objets motorisés hypnotisent: ce sont des couteaux sur des bras articulés qui composent «Love» et «Hate», un violon qui joue tout seul, actionné par un bras mécanique alors que le rouge gicle comme du sang sur une chaise qui bouge. Un autre bras a projeté de la peinture bleue sur un mur contre lequel tournent lentement des escarpins. Un piano est accroché par les pieds au plafond. L’équilibre subtil peut se briser à chaque instant. La tension est tout intérieure.

Une des belles surprises est de découvrir son cinéma. Dans une vidéo, deux femmes dansent reliées par des fils. Dans une autre, une danseuse apprend le tango à un aveugle et quand le couple part, le guéridon continue àdanser seul.

Son film La Ferdinanda : sonate pour une villa Medicis (1981) est magique, et se déroule dans un pavillon de chasse en Toscane où une cantatrice déchue reçoit des personnages extravagants : ballerine en convalescence, violoncelliste introverti, médecin tombé en disgrâce, mariage burlesque. Un histoire de beauté, d’inquiétanteétrangeté, théâtre de nos obsessions secrètes.

© Rebecca Horn, ADAGP 2019

Meret Oppenheim

Il y a comme une exposition incluse, sur Meret Oppenheim(1913-1985), grande artiste et figure de femme libre. Elle fut aussi l’amante de Man Ray, d’André Pieyre de Mandiargues, vécut un an de folle passion avec Max Ernst, et fut, de 1935 à 1942, la maîtresse de Marcel Duchamp. Elle réalisa cette œuvre ultra-célèbre, directement achetée par le MoMA : Le Déjeuner en fourrure, un titre trouvé par Breton. Une tasse, une cuiller et une soucoupe recouvertes de fourrure, allusion au Déjeuner sur l’herbe de Manet et àla Vénus à la fourrure de Sacher Masoch. Meret faisait explicitement le lien entre sexe et fourrure, érotisme et nourriture.

Le Pompidou-Metz propose aussi une belle exposition sur Lee Ufan, l’artiste minimaliste coréen habitant au Japon, néen 1936. On y éprouve ce qu’il appelle "ouvrir l’espace-temps » quand la relation d’une pierre, une plaque de métal, un coup de pinceau, avec l’espace, et leur participation au paysage sont plus importantes que l’objet lui-même. Lee Ufan reprend la phrase de Paul Klee : "L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible." Lee Ufan a son musée sur la sublime île de Naoshima au Japon.

Rebecca Horn, Centre Pompidou Metz, jusqu’au 13 janvier