Arts et Expos

Fin août, a été partiellement inauguré au sud d’Athènes, l’immense centre culturel construit par la Fondation Stavros Niarchos pour un coût record de 600 millions d’euros, avec la star architecte Renzo Piano. Sur sa colline artificielle, entre la mer du Pirée et Athènes, l’Acropole et le mont Lycabette, ce Centre est une sorte de nouvelle Acropole qui veut donner aux Grecs un signal d’espoir dans le futur grâce à la culture. Un signal étonnant au moment où on ne parle que de la crise grecque. Mais ses promoteurs veulent y voir une nouvelle Grèce possible.

En 2006, la Fondation privée Stavros Niarchos (créée en 1996 avec la fortune laissée par l’armateur à sa mort et qui est aujourd’hui une des institutions philanthropiques les plus importantes du monde) décidait d’affecter 600 millions d’euros à la construction d’un centre culturel public. Malgré la crise de 2008 et malgré la crise grecque, elle a continué estimant qu’en période de crise il faut au contraire investir davantage dans la culture et l’avenir. S’agit-il d’une sorte de compensation à l’absence quasi totale d’impôts des armateurs grecs ? Non, répond-on, car les activités sont totalement délocalisées et il s’agirait donc d’un don comme la Fondation (et celle d’Onassis) en ont déjà réalisé à Athènes.

© D.R.

Belle vue

Le lieu choisi est Kallithea, à 4km au sud d’Athènes, sur la route vers Le Pirée. C’était un ancien hippodrome, proche d’un stade des JO de 2004 aujourd’hui abandonné. Le terrain était devenu un dépotoir.

Le grand architecte Renzo Piano (Centre Pompidou, Fondation Beyeler, nouveau Withney, etc.) a imaginé d’y construire d’abord une colline et un parc de 17 hectares. Ce parc a été ouvert le 16 août dernier. Planté sur une pente artificielle, il culmine à 32 m de haut, et, du dessus, on a une vue exceptionnelle, à 360 degré, à la fois sur Athènes et sur la mer. Kallithea signifie d’ailleurs « belle vue ».

Le parc est déjà une prouesse dessinée par l’architecte de jardin new yorkaise Deborah Nevins. On y a planté 1400 arbres, surtout des oliviers et des pins, amenés d’Italie et même des Pays-Bas. Les oliviers ont souvent déjà 60 à 80 ans d’âge et leurs troncs sont noueux. Les pins ont plus de dix ans. La réimplantation se passe très bien.

© D.R.

Enfin un grand parc à Athènes

A cela s’ajoute plus de 300000 plantes méditerranéennes de toutes sortes qui en font un vrai jardin botanique, très coloré au printemps, odorant toute l’année. On y trouve aussi des plaines de jeux, des équipements sportifs, des espaces où les enfants peuvent actionner des « machines » qui créent des sons.

Il y a deux grandes pelouses. L’une est un lieu de méditation avec une sorte de mandala en pierre. L’autre est destinée aux concerts en plein air. Plus de mille chaises vertes du type de celles du jardin des Tuileries à Paris, sont laissées à l’usage des promeneurs. Des concerts pop et classique ont déjà eu lieu le soir dans le parc.

Le parc est une réponse au constat affolant qu’Athènes est la capitale européenne avec le moins d’espaces verts !

Si on gravit la pente douce, le paysage se fait plus sauvage avec des herbes de dunes. Au sommet, il y a le « Phare » du centre culturel : un lieu d’exposition et de détente où jouir de la vue. Il est surmonté d’une énorme canopée que Renzo Piano appelle « le tapis volant » : un hectare de surface, un toit ultra fin recouvert de cellules photoélectriques fournissant 2,5MW d’électricité (le bâtiment a obtenu la plus haute certification écologique) et porté par 30 fines colonnes. C’est ce bâtiment élégant qui donne l’aspect d’un second Parthénon.

Mais l’essentiel du Centre culturel se passe en-dessous. Pour le voir, on peut emprunter le chemin de côté, longeant le grand canal imaginé par Piano de 400 m de long et 30 m de large, sur lequel les enfants peuvent s’initier à la voile.

Livres et opéra

On aboutit alors à l’Agora, toute en verre et acier. A côté d’espaces enfants, d’un incubateur culturel, d’un studio d’enregistrement etc., deux équipements majeurs s’y trouveront. D’abord, la grande bibliothèque d’Athènes et ses deux millions de livres qui devrait déménager à la fin de l’année et quitter le centre d’Athènes (les calendriers en Grèce ne sont fort fiables). La nouvelle bibliothèque est prête avec ses rayonnages sur plusieurs niveaux, accessibles par des coursives comme sur un bateau et ses sièges de lecture colorés, très design, choisis par Piano.

L’autre équipement est l’Opéra d’Athènes. Il occupe aujourd’hui une salle de 700 places au centre ville. Piano lui a construit une sale magnifique de 1400 places, à l’Italienne, en cerisier peint en rouge. Une seconde salle, à la configuration flexible peut accueillir 450 personnes pour des spectacles plus expérimentaux. Tout est fin prêt mais l’Opéra ne devrait y déménager qu’en septembre 2017.

En attendant, des visites guidées du Centre culturel sont organisées tous les jours et le parc est accessible à tous, de 6h du main à minuit, avec ses concerts, ses jeux, ses cours divers de sport ou de yoga.

La construction du Centre a coûté la somme gigantesque de 600 millions d’euros et mobilisé 6000 personnes. Il y eut jusqu’à 1500 personnes à la fois travaillant sur le site. Si le Centre a été offert à l’Etat grec qui en assure la gestion, la Fondation s’est engagée à en payer le fonctionnement, du moins les premières années car actuellement ni l’Etat ni la ville, ne sont prêtes à garantir le fonctionnement d’un tel outil, aussi magnifique soit-il.

Des études ont montré que le Centre culturel devait à terme créer des centaine d’emplois et susciter un renouveau de la zone. Renzo Piano résume « La beauté peut sauver le monde ».


Rens. : www.snfcc.org