Arts et Expos

Ce sont des notes de musique qui accueillent le visiteur dans l’exposition de Jean-François Spricigo au Musée de Charleroi. On ne les entend pas, mais on les voit, lumineuses, flottant à hauteur d’homme au-dessus d’un parking la nuit. L’entrée en matière - si l’on ose dire concernant une photographie aussi palpable dans son grain - est judicieuse car, pour le reste, tout le reste, il s’agit bien d’un processus musical silencieux. Avec des noirs et des blancs sourds en guise de figures du silence d’un solfège inversé. Autant, avec ses "Equivalents", Stieglitz cherchait-il des émotions du côté de l’abstraction photographique, autant Spricigo fait-il le même pari à partir de formes reconnaissables.

Fantomatiques, certes, mais figuratives. Le tour de force de ce jeune photographe est de susciter de l’énergie à partir de ce que l’on ne perçoit pas directement ou plus exactement au-delà de ce que l’on reconnaît. Impossible de ne pas penser à Mario Giacomelli en voyant ses paysages troubles, comme perçus dans le mouvement entre les paupières plissées. Impossible de ne pas penser aux photographies angoissées de Michael Ackerman ou d’Antoine d’Agata (un de ses mentors). Difficile aussi d’éviter des références du cru comme Lucia Radochonska ou Jean-Louis Vanesch.

Mais après tout, comme famille d’élection il y a pis. D’autant que cette exposition nous montre la capacité du jeune Liégeois à tracer sa propre sente dans la surabondance de la photographie créative si chère à Jean-Claude Lemagny. Une photographie jouant à plein la "pureté du médium" (de la prise directe) et de sa spécificité technique (du moins de celle ancienne de l’argentique). Mais également une photographie plus soucieuse de l’expérience des choses que des choses elles-mêmes. Pas loin de ce que Baudelaire disait du romantisme. À savoir qu’il n’était "précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir". L’intitulé de ce travail - "Romanza", en italien "romance" - ferait plus penser à la poésie populaire ou aux romans sentimentaux. Pourquoi pas ? Cependant, ce type d’images assez violentes dans leur expression nous ramène surtout aux élans fougueux de ces artistes que pointait avec admiration l’auteur des "Fleurs du Mal" Sans omettre une observation bien pertinente : "Le romantisme ne consistera pas dans une exécution parfaite, mais dans une conception analogue à la morale du siècle. C’est parce que quelques-uns l’ont placé dans la perfection du métier que nous avons eu le rococo ".

Le chemin est étroit entre un style propre et l’exhibition du savoir-faire. Pour tenir la route, pour se contenir, réentendre Diane Arbus est bien utile : "Une photographie est un secret sur un secret et plus elle nous en dit et moins nous en savons".

"Romanza", photographies de Jean-François Spricigo. Charleroi, Musée de la photographie, avenue Paul Pastur, 11. Jusqu’au 16 septembre, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Rens. : www.museephoto.be