© Luc Schuiten

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Schuiten, mode d’emploi

Guy Duplat

Publié le - Mis à jour le

Le plus célèbre est François Schuiten, BDiste, prix d’Angoulème, auteur des "Cités obscures", scénographe à succès. Il évoque volontiers la figure tutélaire de son père, Robert Schuiten, architecte et peintre. Celui-ci ne jurait que par la peinture. Quand son fils rentrait de l’école, il lui disait que les devoirs n’étaient pas aussi importants que la peinture et il lui enjoignait de continuer d’abord ses cours d’aquarelles et de réussir un dégradé de couleurs.

Philippe Marion, ami de la famille et professeur au département de communication à l’UCL vient opportunément de raconter dans un beau livre, la saga de la tribu Schuiten. "Filiation Schuiten" publié par l’éditeur brabançon Versant Sud, raconte cette famille étonnante.

En plus du père, il y a huit enfants nés de deux mariages, dont deux architectes, un bédéiste, une peintre, des photographes, etc. Chacun garde un lien profond à l’image qui est le vrai fil rouge de la famille, créant ainsi une filiation unique en son genre. Elle continue même à la génération suivante puisque Thierry Van Hasselt, un des plus intéressants auteurs de BD actuels est le neveu de François Schuiten !

En dehors, de cette fascination pour l’image, on retrouve des points communs entre les artistes de la famille. François et Luc ont réalisé ensemble leurs premières BD et parfois, leurs dessins sont si proches qu’on pourrait douter de leur paternité. Dans la famille, les grands événements donnent lieu à des livres privés illustrés. Parfois à la manière de Babar. Marie Schuiten photographie les architectures de boue du Mali qui ont bien des points communs avec les architectures organiques et végétales de son frère Luc.

Malgré le père

Il y a jusqu’à leur amour/conflit avec le père qui les rapproche. Celui-ci avait la fâcheuse habitude de juger ses enfants à leur capacité à peindre. Il plaçait Luc et François au-dessus du lot, mais alors qu’ils les voyaient architecte "classique" ou peintre "classique", ceux-ci choisirent des voies que jamais il ne comprit vraiment. L’architecture écologiste, utopique et végétale de Luc lui paraissait un peu farfelue et la BD chère à François lui semblait un art peu sérieux. Il eut encore le temps de voir les succès internationaux de ses enfants, mais sans jamais vraiment comprendre l’engouement du public. Luc Schuiten raconte qu’avec son fils il adopte l’attitude inverse et approuve toutes ses passions, ce qui n’a pas empêché le fils de devenir à son tour architecte !

Le livre de Philippe Marion est axé sur l’image, sur le regard, sur comment se compose une image et se forme une filiation axée sur le visuel. Il n’élude pas les "secrets" de famille dramatiques (un suicide, la mère morte en couches). Et il y mêle des documents (photos, dessins d’enfants) originaux qui en font une vraie psychanalyse d’une famille d’artistes d’où l’art ne cesse de surgir.

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