La création d’une artiste dérange à Clichy. Elle a été démontée à la suite de pressions. Autocensure ?

Un peu plus de deux semaines après la grande mobilisation historique autour de "Charlie Hebdo" à Paris, la liberté d’expression semble avoir enclenché la marche arrière, comme en attestent plusieurs exemples. Chez nous, il y a eu l’annulation de l’exposition d’hommage à "Charlie Hebdo" au musée Hergé à Louvain-la-Neuve ou encore la fermeture du complexe Imagix à Tournai qui a entraîné l’annulation du festival Ramdam, lequel a, depuis, été remis sur les rails. C’est désormais vers la France que se portent les regards. Le retrait d’une œuvre d’une exposition fait grand bruit.

Le pavillon Vendôme implanté à Clichy-la-Garenne, en banlieue de Paris, accueille depuis le 24 janvier une exposition intitulée "Femina ou la représentation des modèles". Consacrée à la place des femmes dans la création artistique, elle rassemble les œuvres d’une petite vingtaine de femmes. Une des créations annoncées brille par son absence, celle de la plasticienne Zoulikha Bouabdellah. Cette artiste franco-algérienne contrainte de quitter l’Algérie avec sa famille en 1993 en raison de la guerre civile a décidé de démonter son installation intitulée "Silence" à la suite d’une mise en garde contre "des incidents potentiels" formulée auprès des autorités municipales par la Fédération des associations musulmanes de Clichy. L’œuvre en question est constituée d’une série de 28 tapis de prière percés d’un cercle dans lequel est à chaque fois posée une paire d’escarpins dorés.

Ni choquer ni provoquer

Créée en 2007-2008, "Silence" est l’œuvre la plus exposée de Zoulikha Bouabdellah. Elle a déjà été montrée à Paris, à Berlin, à New York et à Madrid sans provoquer de remous. L’artiste a fait part de son incompréhension face à cette mise en garde en précisant que son intention n’était "ni de choquer, ni de provoquer", mais de susciter "un dialogue" entre "profane et sacré" et sur "la place de la femme".

Les pressions exercées par l’association en question ne sont pas les seules qui dérangent dans cette affaire. Dans les pages du journal "Le Monde", Zoulikha Bouabdellah va plus loin et dénonce l’attitude du maire de la localité. "Les choses auraient pu se passer autrement, confie-elle, si le maire de Clichy avait fait preuve du soutien qu’on attend d’un responsable élu envers les principes de la République".

Dans une lettre ouverte publiée sur son profil Facebook, Orlan, une des artistes exposées dans le pavillon Vendôme, accuse Gilles Catoire, le maire socialiste de Clichy, d’avoir cédé à la pression de l’association de confession musulmane et de s’être désolidarisé de l’exposition si l’installation "Silence" était maintenue. Dans une autre lettre ouverte, les commissaires de l’exposition et tous les autres artistes exposés à Clichy disent regretter le mutisme du maire et lui demandent de prendre position en assumant la présentation de l’œuvre ou en décidant de fermer l’exposition.