Il est toujours intéressant de confronter les têtes d’un mouvement pictural avec tous ceux qu’elles ont influencés pour saisir le champ des connexions et surtout distinguer les particularismes, les interprétations, voire les apports. Amorcé bien avant la lettre par des Gauguin surtout, Derain et autre Matisse ou Vlaminck, le fauvisme a donné tout son éclat en France entre la fin du 19e siècle et le Salon d’automne de 1905 qui vit naître le terme sous la plume du critique Vauxcelles. Les figures de proue et les Van Dongen, Rouault, Marquet et même quelques Espagnols et des Hongrois y donnaient de la voix en tonalités pures. C’est à cette période que la mouvance infiltra donc les réseaux avant-gardistes étrangers et notamment la branche hongroise qui nous occupe et dont une partie se formait principalement à Paris à l’Académie Julian sous la direction de Jean-Paul Laurens, puis chez Henri Matisse lui-même.

L’impact de cet enseignement se manifeste pleinement dans les œuvres de Vilmos-Perlrott-Csaba, là où il synthétise les formes humaines, dans les nus et tout particulièrement dans "Eden" ou "Nus en plein air" qui fait immanquablement penser à la "Danse" de Matisse par le mouvement des corps; tout comme les Nus dansants de Lajos Tihanyi. Cet artiste se démarque néanmoins du maître français par une accentuation maximale de la densité chromatique et par une touche sombre annonciatrice des tourments de l’expressionnisme. Et les touches matissiennes se repèrent aussi chez les Grünwald et Huszar ou Bornemisza.

Cette exposition qui réunit plus de 50 œuvres se situant entre 1904 et 1914 d’une quinzaine de peintres hongrois montre la très grande diversité d’approches de la couleur et les multiples interférences entre les mouvances artistiques car on voyage en proximité d’un post-impressionnisme (Boromisza, Czobel), en accointance avec les nabis, en amorce même du cubisme et de l’abstraction (Valéria Dénes) et on se situe à deux pas d’un expressionnisme pour ainsi dire latent, le fauvisme s’insinuant dans toutes ces directions en maintenant l’exaltation de la couleur, vive, puissante, audacieuse, se délestant souvent des cernes noirs pour fixer les motifs sans autre contrainte.

L’une des belles figures de cet ensemble est Jozsef Rippl-Ronai qui séjourna à Paris dès 1887, adhéra au groupe des nabis et assura la transmission de la tendance lors de son retour en Hongrie suivi par un long séjour en Belgique. Son style très décoratif assume avec une vraie jouissance tous les plaisirs lumineux d’un chromatisme éclatant et vivifiant dans des natures mortes ou des intérieurs traités à la manière post-impressionniste. En outre, il est fort probable qu’il ait donné le goût du voyage en Belgique à quelques jeunes peintres qui ont travaillé à Bruges, Zeebruges, Ostende , un Marffy assurant même y avoir trouvé sa voie ! Excellente surprise pour nous, divisée en trois chapitres, l’expo en réserve un à la Belgique à côté de Paris et de la Hongrie comme source de travail. Une expo qui se visite très agréablement.

Dialogue de Fauves. Le fauvisme hongrois (1904 - 1914). Hôtel de ville, Grand-Place, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 20 mars. Du ma au di de 10h30 à 18h. Excellent catalogue, bien illustré avec un texte sur la présence des peintres en Belgique.