Arts & Expos Très riche traversée de l’œuvre du fondateur de Cobra et inventeur des textes-peintures.

Christian Dotremont est un des artistes belges des plus marquants et des plus internationaux de la seconde moitié du XXe siècle tant il a joué un rôle capital en tant qu’initiateur et fondateur du groupe Cobra à Paris en 1948, et tant il s’est montré novateur en créant les logogrammes, ces peintures-textes qui révolutionnent deux types de langage. Poète à l’origine, adepte du surréalisme révolutionnaire, rebelle aux ordres établis et aux choses figées, y compris celles de l’art, il crée dès 1948 avec son complice Asger Jorn, la première peinture-mots, une pratique collective qu’il poursuivra plus tard avec d’autres. En 1962, il invente les premiers logogrammes, ces peintures spontanée d’écritures de textes poétiques au contenu non prémédité. Dès ce moment, et toujours dans l’esprit créatif libre de Cobra brouillant les pistes des langages, il déclinera les mots et les formes scripturales, sans discontinuité, dans une infinie variété, jusqu’à son décès en 1979. Avec la complicité de quelques compagnons dont Pierre Alechinsky fut certainement le plus assidu et le plus fidèle, il développa une œuvre dont l’originalité foncière est reconnue de New York à Paris.

Christian Dotremont, "Voilà tout est prêt donc elle ne viendra pas", pastel sur papier, 27x21 cm, 1965.
Christian Dotremont, "Voilà tout est prêt donc elle ne viendra pas", pastel sur papier, 27x21 cm, 1965. © D.R.

Ecrire la peinture

Très sélective qualitativement, l’exposition rétrospective couvre toutes les époques depuis le moment où l’écrivain poète opère sa mutation picturale sans perdre son identité première. Non seulement il associe mots et images mais les contracte en un seul acte et en une seule réalisation, le logogramme. Il réunit en une œuvre unique, l’idée et la formulation poétique ainsi que l’écriture. Leur enrichissement est mutuel sans qu’on puisse les distinguer. En écrivant dans une sorte d’automatisme sans doute hérité du surréalisme, il peint. Il déforme l’écriture pour mieux la réinventer sans cesse et y joint en plus des mises en pages qui sont autant de compositions picturales inédites. La lecture elle-même qui peut aller jusqu’à l’illisibilité, s’émancipant de ses habitudes, en est chamboulée. Par cette pratique, Christian Dotremont opère un mariage fusionnel.

Au fil de l’exposition on apprécie l’immense diversité d’une œuvre pourtant si unitaire. Autant dans les poèmes où Gloria (en fait Bente), la Laponie, la vie, la nature, sont célébrées, que dans l’écriture picturale. Si une grande majorité des logogrammes sont réalisés au pinceau et à l’encre de Chine, avec plein et déliés, envols graphiques teintés d’un réel lyrisme, d’autres sont de chaleureux petits pastels en couleur, plus anguleux, plus cassés, ou de fines encres souples et graphiques. D’autres encore, très rares sur papier de couleur, ou livrés en rythmes syncopés, ou aériens voire serrés jusqu’à la superposition, font résonner les mots d’une musicalité poétique visuelle enchanteresse.

Christian Dotremont Rétrospective Galerie Samuel Vanhoegaerden, Zeedijk 720, 8300 Knokke.www.svhgallery.be Quand Jusqu’au 22 septembre.


Publication

L’exposition se double de la publication d’un très bel ouvrage sobre et richement illustré. Outre la préface signée par Michel Draguet et l’avant-propos dû à Samuel Vanhoegaerden, les reproductions d’œuvres, les photographies d’époque, les documents, sont accompagnés de courts textes de Christian Dotremont ou d’autres écrivains. Un ensemble de textes subtilement choisis car ils recréent l’ambiance de vie et les aspects humains dans lesquels se constitua l’entièreté de l’œuvre.Edition de la galerie. 242 pp.


Bio express

Né en 1922 à Tervuren, Christian Dotremont décède en 1979 à Buizingen. Longtemps traité en sanatorium, il était de santé fragile. Ce qui ne l’empêcha pas de voyager, particulièrement dans les pays du Nord et spécialement en Laponie. Il participe au surréalisme en France dès ses 18 ans. Il cofonde en 1947 le mouvement surréaliste révolutionnaire, suivi en 1948 par Cobra, créé au café Notre-Dame à Paris. Tout au long de sa vie, il maintiendra et diffusera l’esprit Cobra. Il expose pour la première fois en solo en 1968. Il est l’auteur de nombreux textes, ainsi que d’un roman. Ses œuvres font partie de nombreuses collections muséales en Europe, également aux Etats-Unis (MoMa) et au Mexique.