Toute la direction du Louvre et les dirigeants de Lens et du Nord-Pas-de-Calais célébraient hier, dans l’ancienne ville minière, le premier anniversaire du Louvre. Un formidable succès. Son architecture par le bureau japonais Sanaa (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa) vient de recevoir l’Equerre d’argent 2013, le plus important prix d’architecture en France. Et le public a suivi. Il y a eu 900 000 visiteurs, bien plus que les 700 000 rêvés par les plus optimistes. Plus de la moitié venaient du Nord-Pas-de-Calais. Il y eut 100 000 Belges, faisant du Louvre-Lens un musée plus visité par les Belges que la plupart de leurs propres musées ! Le nouveau directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, qui a succédé au visionnaire Henri Loyrette, a parlé de "miracle" et s’est réjoui qu’au Louvre-Lens, tout soit indiqué aussi en flamand pour attirer les Belges néerlandophones. On sait que le nouveau musée Frac, à Dunkerque, suit la même politique de tout indiquer aussi en néerlandais.

Mais ce succès reste fragile. Il est dû aussi à la nouveauté, à la médiatisation, et à la gratuité de la si belle "Galerie du temps" (les expos temporaires sont, elles, payantes). "La partie ne sera gagnée que si les gens reviennent", a souligné Jean-Luc Martinez.

Effet Bilbao ?

L’effet Bilbao, c’est-à-dire l’impact d’un musée (le Guggenheim à Bilbao) pour impulser le renouveau d’une ville, n’est encore que très partiel. Avec 500 000 habitants, 15e ville de France, Lens est aussi la plus pauvre, en termes d’économie marchande, avec Longwy. Aller à Lens, après la visite du Louvre, c’est constater l’énorme chemin encore à faire. On parle, à ce stade, de 400 emplois directs et indirects (Horeca) créés par le Louvre-Lens. Pas assez pour donner une image moderne à la ville face au dynamisme de sa voisine, Lille.

Pour ne pas que les chiffres de fréquentation baissent trop (comme au Pompidou-Metz), on a décidé de conserver la gratuité de la Galerie du temps. Mais avec comme conséquence de garder des budgets difficiles. Le musée n’a que 20 à 25 % de recettes propres (entrées, location de salles, mécénat). Le reste est quasi entièrement payé par la Région Nord-Pas-de-Calais, "étranglée par les mesures gouvernementales", dit son président.

Pour que les gens reviennent, on a renouvelé plusieurs pièces maîtresses de la Galerie du temps, en amenant à Lens des chefs d’œuvre du Louvre-Paris, comme "Le Sphinx et Œdipe" d’Ingres qui remplace "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix, un bel "Autoportrait avec un ami" de Raphaël et une magnifique statue de la reine Tiy.

On a décidé d’amener près du Louvre-Lens, en 2017-18, 220 000 œuvres des réserves de Paris, de quoi créer des emplois pour la conservation. Et surtout, il y a le moteur des expos temporaires payantes. Celle sur "La Renaissance" a attiré 150 000 visiteurs, "Rubens" fit 135 000 entrées. En mai 2014, le Louvre-Lens proposera "Les Désastres de la guerre, 1800-2014" et, à l’automne, une expo de civilisation sur le culte des animaux dans l’Egypte ancienne.

2014 sera l’année test pour ce lieu magnifique.