Un bon vent d'art

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

On pourra lire l'exposition de Bruno Goosse de multiples façons, selon la manière de considérer les oeuvres qui constituent pratiquement une installation continue, même si chaque proposition constitue une entité distincte.

Ainsi, de l'histoire de l'art à celle de la couleur, tout le loisir est accordé au visiteur d'orienter ses lectures en passant par la considération temporelle, le déplacement et le mouvement; le balisage, la marque et le parcours; le signe, sa persistance et son effacement, le drapeau en ses multiples dimensions dont la politique n'est pas à exclure, ni l'actualité; les forces naturelles dont le vent. On y joindra bien entendu la part visuelle des installations et les connexions à établir d'une pièce à l'autre.

L'ensemble s'avère donc riche d'exploitations multiples n'excluant nullement les interférences ou les recouvrements partiels. Par exemple, on passera d'une barrière souple, colorée, agitée par le vent, «pénétrable» (à la Soto) de la porte d'entrée, à une proposition parente, à l'intérieur, dans laquelle le mouvement résulte uniquement d'une action physique et corporelle. L'image en recomposition constante n'est plus abstraite mais figurative puisqu'il s'agit de celle de drapeaux (Jasper Johns et Raynaud s'invitent en amis); quant aux couleurs, elles sont éphémères puisque de projection lumineuse.

Rien qu'en ces deux réalisations séparées, impossibles à voir en même temps, se décline tout un parcours artistique visuel et mental, immanquablement analytique de cette situation de confrontation des réalités et inévitablement prenant en compte le temps du trajet aussi bien que des éléments rencontrés en chemin. Ces données englobent pratiquement toutes celles présentes dans l'exposition et le travail de Goosse.

Il en est une néanmoins qui risque de se perdre en ces pérégrinations bien qu'elle soit finalement capitale dès lors que l'on se situe dans les arts visuels: le rôle du support dans la perception. Un sujet traité en image fixe imprimée, en diapositive, en vidéo, en projection sur divers types de murs -celui en morceaux de sucre n'étant pas exclu- ou sur écran souple, capté par un logiciel avant d'être restitué, présenté en tube cathodique télé, prend une consistance totalement différente. Et la constatation la plus surprenante est l'impression picturale que donnent toutes ces approches. Est-ce un hasard si l'artiste (Namur 1962, vit à Bruxelles) vient de la peinture?

© La Libre Belgique 2006

Claude Lorent

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