L’Atomium ouvrira un musée autour du design, en décembre 2015.

En 1990, le groupe Elmer Food Beat chantait "Le plastique c’est fantastique / Le caoutchouc, superdoux / Nous l’affirmons sans complexe / Nous sommes adeptes du latex." Par cette mélodie légère et entraînante, les musiciens espéraient encourager l’utilisation de préservatif en pleines années sida. Philippe Decelle, un collectionneur curieux, pourrait faire sienne cette maxime tant il aime les objets en plastique. "C’est en 1987 en trouvant dans les poubelles une chaise de Joe Colombo que j’ai eu le déclic", explique-t-il, le regard pétillant, lors d’une conférence de presse à l’Atomium, ce lundi. Un déclic qui l’a amené à penser que, décidément, on déteste souvent ce que l’on chérissait hier. Alors qu’une bouffée de nostalgie envahit Philippe Decelle, comme probablement tous ceux de la génération des baby boomers à la découverte de cette collection étonnante, il décide de sauver toutes les œuvres d’art et objets de design en plastique emblématiques des années 60. Marchés aux puces, brocantes, vide-greniers, au fil des années, il accumule plus de 1 100 pièces dans cette matière symbole de modernité il y a cinquante ans. Parmi les auteurs de ces objets cultes, Panton, Aarnio ou Colombo.

Un nouveau musée au pied de l’Atomium

Sans descendant, Philippe Decelle cherchait à transmettre sa collection originale. L’Atomium lui apporte bien plus qu’un écrin provisoire : un musée de 5 000 mètres carrés, situé au Trade Mart à deux pas du monument le plus visité de Bruxelles.

Le Plasticarium - Art & Design Atomium Museum ouvrira ses portes en décembre 2015 et proposera, outre l’exposition permanente avec un roulement d’œuvres en plastique de la collection, des expositions temporaires axées sur le design du XXe et du XXIe siècles.

Vu les circonstances économiques, l’ouverture d’un nouveau musée à Bruxelles est exceptionnelle - les collections d’art moderne et contemporain attendent un écrin depuis plusieurs années… L’objectif de cette ouverture est double, elle s’inscrit à la fois dans l’histoire de l’Atomium symbole de modernité quand il fut construit en 1958 à l’occasion de l’exposition universelle et dans l’idée de poursuivre l’activité muséale développée depuis 2009. Elle permettra aussi de dynamiser le plateau du Heysel pour attirer de plus en plus de touristes. L’investissement de 600 000 euros de la Ville de Bruxelles pour la rénovation et l’aménagement du Trade Mart devrait rapidement porter ses fruits. Selon Freddy Thielemans, président de l’Atomium, "la création de ce nouveau musée est une plus-value pour le plateau du Heysel et renforcera l’image de l’Atomium en Belgique et dans le monde". "Le Plasticarium, c’est un peu le fantasme de la dixième boule" , ajoute Henri Simons, directeur de l’Atomium.

Sauvegarde d’un patrimoine

Après le Design Museum de Gand et le Centre d’Innovation et de Design du Grand Hornu dans le Hainaut, Bruxelles sera donc dotée, elle aussi, d’un lieu consacré au design. "Bien sûr, nous discutons beaucoup avec les deux autres musées pour offrir des expositions complémentaires et ne pas se concurrencer", explique Henri Simons.

Avec l’acquisition de la collection du Plasticarium, unique au monde, l’Atomium sauve un pan de l’histoire culturelle et ludique.



Une petite expo en avant-goût

La majorité de la collection de Philippe Decelle est constituée d’objets datant de 1960, année de la création du premier meuble en plastique, à 1973, date du choc pétrolier. A l’Atomium, une exposition, "Orange Dreams", donne un aperçu de la collection si originale. Chaises, bureau, lit, l’esthétique du plastique à la fois "pop" comme populaire et "op" comme optique (les designers puisaient parfois l’inspiration dans la veine psychédélique) s’immisçait dans toutes les maisons des Golden Sixties.