Arts et Expos

Dans les salles du Centre culturel d’Uccle, il vole comme un air de préparatifs. Au sol, une vingtaine d’œuvres picturales patientent. Au mur, d’autres peintures ont eu plus de chance. Elles sont déjà exposées. A terre, un coffre abrite le joyau artistique : une œuvre magistrale de 70 mètres de large. Et au cœur de ces prémices d’exposition, quelques personnes s’affairent pour trouver le meilleur emplacement pour chaque œuvre. Nul doute, l’heure du montage de l’exposition a sonné.

Dès ce 24 octobre, c’est l’œuvre de Bai Hai qui sera présentée à Uccle. Le peintre chinois, dont le style est absolument personnel, regarde d’ailleurs attentivement les moindres déplacements de son travail. L’appréhension d’une grande première, sans doute, car c’est la première fois que Bai Hai expose ses derniers ouvrages en Europe. Après deux expositions en Chine, l’artiste de tradition taoïste dévoile ses secrets artistiques à l’Europe.

Une technicité singulière

Une constante se lit entre les œuvres : la transcendance de la peinture traditionnelle dont les moindres détails sont toutefois respectés. Le maître chinois peint à l’encre de Chine et à l’eau sur du papier de riz. De ce travail naissent alors des paysages, des arbres, des rochers ou encore des cours d’eau qui prennent par moments des allures fantastiques. Bai Hai peint l’hiver dans les tons bleus et gris pour figurer le givre et la neige dans tout ce que le Nord de la Chine a de plus mystérieux. Parfois, on devine l’une ou l’autre créature sculptée dans la peinture des falaises. La toile de 70 mètres a, elle, une bien longue histoire. Elle se lit de droite à gauche et au fil des mètres parcourus, le visiteur voyage dans le Nord de la Chine. Trois provinces y sont représentées au cœur des montagnes et de l’eau qui les entourent. "En Chine, la montagne et l’eau détiennent une symbolique très forte", commente d’ailleurs Bai Hai. Chaque semaine, 24 mètres de cette peinture de 70 mètres seront exposés.

Mais ce qui étonne le plus chez cet artiste, c’est sa technique totalement unique et son style véritablement personnel. Entre tradition et innovation, ce peintre procède par jets d’encre, tout en conservant les techniques ancestrales. Il lui a fallu 40 ans de travail et de réflexion pour trouver le secret d’une technique propre, dont il ne dévoilera que l’équation : "Il faut d’abord que je rencontre la nature. Ensuite, je fais un travail dans mon esprit. Et cela donne mon style." Désormais, il veut montrer ce style au grand jour : "Dans le Nord de la Chine, personne ne fait ce style. En exposant, je veux montrer que c’est possible de faire de nouvelles choses."

Des années d’imprégnation

Derrière les impressions d’apaisement et de silence ressenties à la vue de son œuvre, c’est un travail titanesque qui s’est opéré. Durant un an, Bai Hai a parcouru mille kilomètres en faisant des croquis de paysages. De retour chez lui, il s’est mis à peindre durant trois ans, en donnant toute son énergie et en retournant de temps à autre sur place pour s’imprégner à nouveau de la poésie des lieux. Après ces quatre ans d’intense travail, Bai Hai a vécu une année d’épuisement tant son implication était importante. Un travail de longue haleine qui fera découvrir aux curieux l’hiver chinois.


Bai Hai&Xu Yan. Peintures et calligraphies du 24 octobre au 11 novembre au Centre culturel d’Uccle. Gratuit.