Bilbao a reçu une nouvelle jeunesse avec le Guggenheim de Frank Gehry. Knokke-Heist espère de même avec le projet futuriste de l'Américain Steven Holl, dévoilé hier par le bourgmestre, le comte Léopold Lippens. En 2008 peut-être, on pourrait admirer un casino restauré, retrouvant ses grandes verrières d'antan mais surmonté d'une grande tour de 108 m, en forme de voiles, effilée comme une lame de couteau pointée vers la mer. A l'arrière, une longue structure-pont, poreuse, de plaques métalliques trouées qui enjambera la place du casino pour se terminer le long de la route royale devant l'hôtel de la Réserve (qui sera lui aussi reconstruit). Un projet gigantesque d'un coût estimé à 125 millions d'euros mais que le comte Lippens est sûr de pouvoir réaliser sans que sa commune n'y mette un euro: « Il y a déjà une dizaine de groupes intéressés», nous a-t-il dit.

Cinq finalistes

Le casino de Knokke, qui connut tant d'heures glorieuses, n'était plus qu'une boîte vide et mal vieillie. Le temps où Brel, Sinatra, Béjart, Django Reinhardt ou Ray Charles s'y produisaient, où Magritte, Delvaux, Lurçat ou Keith Haring y réalisaient des oeuvres monumentales est bien loin. Il fallait tout changer malgré un bâtiment de belle qualité architecturale, dû à Léon Stynen et inauguré en 1930. On y trouve la salle peinte par Magritte en 1953, «le domaine enchanté», classée et qui doit se retrouver dans le nouveau casino.

Mi-2004, un concours international d'architecture était lancé par la commune pour la construction d'un nouveau casino, avec hôtel, appartements et salle de congrès. 55 bureaux renommés répondirent à l'appel et cinq furent préselectionnés. Les Suisses Herzog et de Meuron renoncèrent rapidement faute de temps libre. Mais les quatre autres remirent des projets: les Parisiens Jakob et Mac Farlane, les Rotterdamois Neutelings et Riedijk (avec une tour en forme d'ananas géant!), la Londonienne Zaha Hadid et le New- Yorkais Steven Holl. Rien que des grands noms. Tous ces projets seront présentés à partir du 18 septembre au centre culturel de Knokke, le «Scharpoord». Le jury vient de choisir le projet de Steven Holl, qui était hier à Knokke pour présenter son «casino poreux» avec le bourgmestre Lippens.

Steven Holl fait partie du gratin mondial de l'architecture. Son oeuvre la plus emblématique est le musée d'art contemporain d'Helsinki. Mais il réalisa aussi le bâtiment des étudiants au MIT à Boston et la rénovation du musée d'histoire naturelle de Los Angeles. Il est sélectionné pour l'extension du Louvre à Lens. Né en 1947, Steve Holl cherche dans son architecture une parfaite adéquation avec l'environnement. S'il aime le geste architectural et un certain formalisme, il ne les pousse pas aux extrêmes d'un Gehry. Il théorise volontiers ses travaux et donne cours à New York.

Terrasses ouvertes au public

Il raconte qu'étudiant visitant l'Europe, il voulait sans faute voir deux monuments: la chapelle de Ronchamp du Corbusier et l'Atomium. Pour ce projet, il est venu dans la salle Magritte du casino et s'est dit inspiré de l'oeuvre de Magritte qui se trouve au casino: «Le bateau qui raconte l'histoire à la sirène». Il voulait que son casino ait trois parties: une «volumétrique» qui sera l'ancien casino restauré, qui retrouvera sa façade vitrée qui fut bétonnée il y a quelques années, une «verticale» comme deux voiles et un pont hybride et poreux.

Le plus spectaculaire est la tour de 108 m qui se divise en deux voiles légèrement décalées. Le haut du casino et le sommet des deux tours formeront des terrasses spectaculaires qui seront accessibles au public. Les étages 6 à 10 seront un hôtel de grand luxe de 155 chambres, les étages 11 à 20 seront des appartements de près de 200 m2. L'ancien casino et les étages 4 et 5 seront réservés à un centre de congrès, un centre de thalasso et le casino. Sur l'arrière, un long pont enjambera la place et se terminera sur la route royale, pont métallique, large, troué et modulaire (on pourra enlever des surfaces). Il servira aussi d'entrée à la tour. En dessous, la place sera dégagée pour la circulation auto et les piétons. Steven Holl a même prévu un pavement de «pavés belges».

Le coût du projet est estimé par Steven Holl à 125 millions d'euros. La particularité est que la commune ne finance rien. Le projet a l'aval évident de la commune et, selon le comte Lippens, l'appui enthousiaste des autres autorités. La commune cherche maintenant un promoteur qui relève le défi, assure les travaux et rentabilise l'ensemble. Quand on connaît les prix astronomiques de l'immobilier à la Côte, on peut être sûr que les candidats se bousculeront, même si le débat ne fait que commencer. Pour le bourgmestre, ce projet va relancer l'intérêt autour de sa commune, ce sera «un chef- d'oeuvre architectural qui exercera un pouvoir d'attraction sur le public international et qui donnera un nouvel élan à la vie tant culturelle qu'économique de notre cité balnéaire». Aucun calendrier n'est annoncé même si Steven Holl dans ses plans parle de 2008 déjà pour la fin de la construction.

Qu'en penseront les voisins qui se retrouveront - aussi au sens propre - dans l'ombre de la méga-tour? Et comment cela va-t-il changer l'atmosphère d'une plage très familiale? Le débat commence.

© La Libre Belgique 2005