Comme nous l’annoncions samedi, le Conseil d’Etat a suspendu, ce mercredi, le choix par la ministre Fadila Laanan de Vincent Meessen pour occuper le pavillon belge à la prochaine Biennale de Venise en 2015. Une situation tragique pour notre secteur des arts plastiques.

Fadila Laanan avait pourtant suivi la procédure ultra-juridique sur l’octroi des marchés publics, pour ne pas risquer un nouveau recours comme celui déjà intenté, avec succès, par l’artiste carolo Charles Szymkowicz, contre le choix d’Angel Vergara à la Biennale 2011. A nouveau évincé sans surprise par le jury, le même Szymkowicz, particulièrement teigneux, avait pourtant encore introduit un recours en suspension auprès du Conseil d’Etat contre la désignation cette fois par un jury, parmi 14 candidats, de Vincent Meessen.

Le Conseil d’Etat a décidé la suspension du choix de Meessen, pour deux motifs, selon l’avocat de Szymkowicz : il y aurait eu deux poids deux mesures dans le traitement des dossiers des 14 candidats. Le jury aurait fait preuve d’une « bienveillance » particulière envers le dossier de Meessen représenté par l’asbl Normal, alors qu’il ne remplirait pas les conditions prévues par l’appel à candidatures, et alors que le jury aurait été « dur » par contre, pour les dossiers de quatre autres candidats.

Le Conseil d’Etat conteste aussi la neutralité du jury dont quatre membres sur sept auraient, selon lui, eu des liens particuliers avec l’artiste choisi : articles, expos, etc.

Réaction de Laurent Busine, le directeur du Mac’s : « Les mauvais perdants sont pitoyables ». D’autres parlent de « prise d’otage » par Szymkowicz.

Vincent Meessen, l’asbl Normal et la commissaire Katerina Gregos, qui ont présenté ensemble ce projet pour Venise et ont commencé à le réaliser, ont répondu, point par point, aux arguments de « manquements du dossier » (catalogue, attaches). « Nous restons totalement sereins et avons un conseil qui gère à présent cette affaire. » Ils ajoutent : « C'est attenter à la probité intellectuelle des membres du jury que d'insinuer un tel parti pris. C'est un fait inévitable qu'en quinze ans de pratique professionnelle, Vincent ait collaboré sur une expo ou l'autre, dans un panel de conférence, dans un jury,...avec l'un ou l'autre de ses pairs. C'était évidemment le cas pour la grande majorité des candidats. Sur le fond, enfin, et c'est bien plus important. Au delà de la gratuité d'une attaque sans but, potentiellement grave et préjudiciable aux intégrités professionnelles des porteurs de projet et surtout au projet lui-même (un pavillon collectif et international d'un type parent à celui de Katerina Gregos pour le pavillon danois de 2011, unanimement salué par la critique internationale), c'est en fait la représentation belge qui est ici prise en otage. A la demande solitaire de rançon, faisons offre solidaire de raison. »

Hier, la ministre étudiait encore la riposte. Attendre un arrêt sur le fond, n’est pas possible car on devrait attendre longtemps, trop tard pour 2015. La seule voie pour Laanan ou son successeur, semblerait être de recommencer la procédure et de nommer un nouveau jury « au-dessus de tous soupçons ». L’idéal serait cependant d’arrêter cette juridisation et de faire un choix d’autorité (pour Vincent Meessen par exemple) sur base d’avis d’experts, car il est difficile de choisir un « bon » artiste comme on définirait des vis pour un marché public !