Le musée M à Louvain fait redécouvrir les Borman, les meilleurs sculpteurs de leur temps.

C’est une magnifique révélation que nous offre le musée M de Louvain en mettant en lumière tout l’art de la dynastie des "Borman et fils", des sculpteurs du Moyen Âge tardif dont l’atelier à Louvain, puis à Bruxelles, rayonna partout en Belgique et dans le nord de l’Europe. Leur histoire restait trop oubliée dans l’Histoire de l’art, cachée par l’importance donnée à la peinture aux dépens de la sculpture. Or, l’exposition montre à quel point leur art fut du grand art.

De 1460 à 1590, sous quatre générations d’artistes, leur atelier répondit à des centaines de commandes de sculptures religieuses et de retables, souvent en bois, parfois en albâtre, pour des églises et monastères autant que pour de riches et nobles privés. On retrouvait leurs œuvres jusqu’en Suède, Allemagne et Grande-Bretagne et au magnifique monastère de Brou près de Bourg-en-Bresse, avec la petite statuaire près des pleurants du tombeau de Marguerite d’Autriche.

Le plus célèbre d’entre eux, Jan Borman II, rayonne sur cette exposition comme son fils Pasquier Borman. On le voit avec les reliquaires hyperréalistes, commandés par Charles Quint, et prêtés par le Metropolitan de New York. Les reliques des saintes, parmi les 11 000 vierges ursulines massacrées à Cologne par les Huns, sont dans des sculptures polychromées avec des traits si humains, les yeux cernés et la coiffure compliquée. Une prouesse pour un sculpteur. Ces bustes reliquaires n’ont rien à envier à l’hyperréalisme contemporain présenté à la Boverie à Liège.

Le vol à Boussu

La force des Borman fut de joindre à une évidente virtuosité technique, une émotion forte mais retenue, méditative.

On le voit encore au Groupe du Calvaire prêté par le Louvre, œuvre de Pasquier Borman pour la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles. La Vierge a le visage caché sous la capuche des pleurants, des larmes perlent sous les yeux de saint Jean. Pasquier Borman avait repris le chef-d’œuvre de son père : le groupe autour de la Croix triomphale à l’église Saint-Pierre de Louvain.

L’exposition enchaîne les Christ de pitié, les statues des grands saints (saint Hubert, saint Nicolas), les émouvantes Vierge à l’enfant, si jeunes, puis les riches retables prêtés souvent par le musée d’Art et d’Histoire avec leur décor virtuose en 3D racontant des histoires du Nouveau Testament ou des saints.

Cette expo est le fruit d’une difficile recherche sur les Borman. Il n’était pas facile de retrouver leur histoire et de procéder à des attributions d’autant qu’il y eut trois Jan Borman successifs. Jan I fut suivi par ses deux fils Jan II et Willem Borman et, ensuite, par ses trois petits-enfants : Pasquier, Jan III et leur sœur Maria Borman. On compte encore un sculpteur dans la quatrième génération, Willem II Borman.

Chez eux, le pathétique des sculptures du Moyen Âge se tempère, les gestes brusques deviennent des attitudes plus mesurées, pleines de grâce et empreintes d’humilité. La virtuosité est au service du message.

On peut compléter cette expo en visitant à Brou les groupes en albâtre de Jan Borman, ou à Bruges, à l’église Notre-Dame, où se trouve, le monument funéraire de Marie de Bourgogne inspiré par les Borman.

Ne manquez pas la vitrine avec les six beaux éléments attribués à Pasquier Borman, venus du retable de la Vierge de l’église Saint-Géry de Boussu-lez-Mons, et prêtés par le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam.

Ils viennent de défrayer la chronique. Le 22 novembre, la police a mis les scellés sur ces œuvres. Elles avaient été volées en 1914 à l’église de Boussu. Si on put vite mettre la main sur les voleurs, les œuvres ont circulé sans jusqu’ici revenir à Boussu. On les retrouva jusqu’en Suède avant d’arriver à Rotterdam. Le Bojmans Van Beuningen et la fabrique d’église de Boussu étaient depuis des années en pourparlers difficiles à propos d’une restitution de ces éléments du retable. Ceux-ci resteront dans l’exposition jusqu’à la fin de celle-ci. L’Irpa devrait ensuite les restaurer et un jugement devrait déterminer quand et sous quelles conditions elles reviendraient enfin à Boussu.

Borman et fils, jusqu’au 26 janvier, au musée M de Louvain.