Dans le musée malinois Hof van Busleyden, l’exposition de Cindy Wright occupe la grande salle du sous-sol. Un espace plongé dans le noir avec au centre, alignés côte à côte, dix très grands dessins au fusain (122 cm x 190 cm) représentant dix crânes humains de manière hyper réaliste et troublante. On est yeux dans les yeux, Eye to eye, avec eux. Ils sont tous différents comme étaient tous différents les hommes et femmes dont ils ne sont plus que la trace. Les orbites vides de leurs yeux, trous noirs, nous interrogent et nous plongent dans les questions existentielles éternelles sur cette mort que nous ne voulons plus voir en face: Comment faire face à la mort, à l'éphémère et à la vulnérabilité aujourd'hui ? Que signifie le fait d’être humain ? Où se cache la brutalité de notre humanité ?

Cindy Wright a mis en scène son expo comme si on entrait dans une crypte. Et sur un mur à l’écart elle présente un onzième dessin à la dimension encore plus impressionnante (193 cm x 300 cm) sur lequel elle a repris et mêlé les dix autres crânes pour en faire une tête unique, montrant que face à la mort nous sommes tous égaux, quelles que soient notre race, notre sexe, notre origine sociale.

Ses dessins utilisent cent nuances de gris et de noir posées sur un papier spécialement grumeleux, comme une toile de lin, pour mieux capter la lumière et donner l’illusion du relief. Un travail bluffant de réalisme.

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Des vanités

Cindy Wright, née à Herentals en 1972 et qui vit et travaille. à Anvers, peint et dessine à partir de photos dans un hyper réalisme virtuose nourri par la peinture ancienne. Elle mêle à

cela, des considérations très actuelles sur l’environnement, l’avenir de la planète et le sens de notre séjour sur terre.

Elle a souvent peint des poissons, des animaux morts ou écorchés par l’homme, qui semblent nous regarder encore, interrogateurs: Quelle est notre position par rapport aux aliments (y compris les animaux) que nous mangeons ? Comment traitons-nous la planète sur laquelle nous vivons ? Que lui faisons-nous (ou pas) subir ?

Ses natures mortes, éternel sujet de la peinture occidentale, sont des vanités contemporaines et semblent réelles à s’y méprendre. La vulnérabilité du vivant est au cœur de son œuvre quand elle peint la chair d'une manière directe, presque brutale.

A Malines, pour en accroître le choc visuel, elle ne présente que cette série de 11 crânes de squelettes, et invite à voir ensuite avec d’autres yeux les riches collections d’art ancien du musée où se retrouvent souvent des crânes et des interrogations semblables.

Yin et Yang

Il ne faut pas manquer de voir ensuite, en face de la cathédrale, au centre culturel de Malines, l’exposition de Sergio De Beukelaer, présentée aussi par le Hof van Busluyden. Le contraste est total.

Comme Cindy Wright, le peintre, né en 1971 à Anvers, transforme les quatre salles en une installation totale et unique, jouant parfaitement avec l’espace et l’architecture. Mais pour le reste c’est le contraire, qu’on pourrait voir comme le yang face au yin. Traditionnellement, le yin est en noir et est le symbole féminin, alors que le yang est en blanc et est masculin.

Il a fait tout peindre, du sol aux murs en blanc immaculé, avec au plafond une grande verrière lumineuse. Dans cette blancheur presque aveuglante, il a peint sur les murs de grands rectangles de couleurs primaires, pures: une salle avec du jaune, une autre avec du bleu, une autre avec du rouge. Et contre ces murs peints, il a déposé des peintures

3D, des objets entre abstraction et figuration (rouleau de papier géant, porte-serviettes, …) qu’il peint à nouveau avec des aplats de couleurs uniques.

Le visiteur a la sensation de pénétrer dans un nuage, ou au coeur d’un tableau qui le submerge. Sergio De Beukelaer tente d’étendre le pouvoir de la peinture à tout l’espace environnant en proposant un fort effet visuel. Une expo avec un titre très conceptuel : « -… » .

A Malines, Cindy Wright au Hof Van Busleyden jusqu’au 17 janvier et Sergio De Beukelaer au centre culturel jusqu’au 21 mars. Leurs catalogues sont de vrais livres d’artistes