Vint Nicole Kidman

Boudée par les stars en ses premiers jours, Venise a accueilli l'actrice australienne Nicole Kindman comme sa bonne fée cinéma. Récit de notre envoyé spécial

JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS
Vint Nicole Kidman
©EPA

ENVOYE SPECIAL A VENISE

Aurait-on le moindre doute quant aux films les plus attendus de cette 58e Mostra qu'un simple coup d'oeil à la file s'étendant devant le Palagalileo, théâtre habituel des visions de presse, tiendrait lieu d'indicateur infaillible. Illustration par l'absurde ? «Quem és tu ?», du Portugais Joao Botelho : on entre dans la salle comme dans un moulin, tout au plus observe-t-on quelques bousculades une demi-heure plus tard, lorsque, médusés par un spectacle si affligeant, les spectateurs fuient par rangées entières.

Bousculades sans commune mesure toutefois avec le brouhaha précédant, vendredi sur le coup de 22h, la présentation de «The Others», de l'Espagnol Alejandro Amenabar. Presse, professionnels et public se marchent allègrement sur les pieds - une spécialité vénitienne, où l'on aime les voir confondus -; il faudra escalader des barrières nadar pour se frayer un passage jusqu'au saint des saint, une salle de grandeur acceptable mais dérisoire devant le flot des appelés.

Raison première sinon unique de cette agitation, la présence au générique de Nicole Kidman, vedette de ce thriller psychologique lorgnant vers l'effroi. Un film empruntant joliment aux classiques du genre - manoir isolé de la campagne anglaise, sentiment claustrophobique, présence indicible -, où la désormais blonde australienne fait merveille, pour une prestation dense irradiant d'un glamour semblant sorti tout droit des années cinquante.

UNE SEULE CONCESSION

Retrouvant, trois ans après, la star de «Eyes Wide Shut», Venise n'a d'yeux que pour elle, ou peu s'en faut. On en aura encore la preuve le lendemain au cours d'une conférence de presse où son apparition, tailleur rose léger et haut fendu et cheveux ramenés en chignon, suscitera les vivas. L'exercice est la seule concession de Mrs Kidman au rituel promotionnel, l'actrice s'en acquitte avec professionnalisme. Et de répondre avec humour aux questions les plus saugrenues - «Pouvez-vous nous prouver par une phrase que vous parlez le russe, comme on l'a affirmé ?» «Niet»

-, avec application aux autres.

En trouvant d'abord, par exemple, un mot aimable pour son réalisateur : «Quand on devient acteur, c'est pour explorer des personnages différents et travailler avec de grands metteurs en scène. J'ai eu ce privilège, cette année encore, tant aux côtés de Baz Luhrman, pour «Moulin rouge», que d'Alejandro, pour «The Others»...»

Amenabar cultive un goût prononcé pour le fantastique, comme l'avaient démontré ses deux premiers films, «Tesis» et «Abre los Ojos». Affinité que partagerait sa comédienne d'un film : «Je ne suis pas fan d'horreur gore, mais j'apprécie les thrillers psychologiques. J'aime les classiques, «The Shining» est mon préféré. Je souhaitais travailler avec Alejandro, et il est tellement rare de trouver, dans un film de ce type, un rôle de femme aussi fort. Ce fut pour moi un véritable défi...» Relevé de maîtresse façon, en tout état de cause.

DE KUBRICK A VON TRIER

Il y a longtemps, il est vrai, qu'on ne doute plus du talent de Nicole Kidman, et certainement depuis qu'elle incarna une arriviste mémorable dans «To Die For», de Gus Van Sant, en 1995. Même si sa filmographie ne compte pas que des réussites - qui se souvient de «Practical Magic», aux côtés de Sandra Bullock ? -, l'actrice a le chic pour être de projets ambitieux, qu'il s'agisse de «Portrait of a Lady», de Jane Campion, ou, bien sûr, «Eyes Wide Shut», de Kubrick. «Ce film me laisse un souvenir très particulier, merveilleux et triste en même temps parce que ce fut le dernier de Stanley. C'est une oeuvre brillante et profonde, où il exprimait ce qu'il voulait dire sur le mariage et l'engagement. Un film qui montre aussi son côté humain. Voilà pourquoi je suis si fière d'en avoir été.»

Du reste, et alors qu'elle pourrait se contenter de gérer sa bonne fortune hollywoodienne, Nicole Kidman semble-t-elle bien décidée à garder le cap d'un cinéma d'auteur. Ainsi, et en dépit de rumeurs diverses, sera-t-elle du prochain Lars von Trier. «Si je n'ai pas signé plus tôt, c'est parce que j'avais donné ma parole, et une parole est une parole. A mes yeux, signer n'avait dès lors guère d'importance. Mais pas aux yeux du business.» Du film, on ne saura guère plus. A peine si elle s'étend sur sa rencontre (épistolaire) avec le cinéaste danois. «Lars m'a envoyé une lettre et le scénario, que j'ai trouvé perturbant et intéressant. Je lui ai dit être désireuse de le faire... Il y avait quelques années, déjà, que je disais dans des interviews vouloir travailler avec lui. Cela a payé...»

Quelques banalités, encore, et la demi-heure de rencontre s'achève. Mission accomplie, ne reste plus à la belle qu'à se retirer, une meute de photographes sur les talons...

© La Libre Belgique 2001

Sur le même sujet