Helen à propos d'Allen

Conformément à la tradition, la Mostra de Venise a accueilli la première européennedu dernier film de Woody Allen, «The Curse of the Jade Scorpion». Nouvelle venue dans l'univers du cinéaste new-yorkais, Helen Hunt, l'actrice de «As Good as it Gets», raconte

PAR JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS À VENISE
Helen à propos d'Allen
©EPA

ENTRETIEN

A l'instar du Spritz bitter dégusté en terrasse, ou encore des courses en bicyclette le long des canaux du Lido, il est un film qui fait partie des incontournables vénitiens, le nouveau Woody Allen, présenté chaque année à la Mostra en première européenne. Ainsi encore pour l'édition 2001, qui accueillait «The Curse of the Jade Scorpion», comédie policière ancrée dans les années quarante.

On y découvre Woody dans la peau de C.W. Briggs, fin limier d'une compagnie d'assurances, un homme dont les habitudes sont bousculées par l'arrivée de Betty Ann Fitzgerald (Helen Hunt), experte ès-efficacité. Mus par une animosité réciproque profondent, ces deux-là n'arrêtent pas de se tirer dans les pattes. La situation se corse lorsque C.W. tombe sous l'emprise d'un magicien-hypnotiseur, bien décidé à en faire son instrument de peu avouables desseins.

Film modeste, «The Curse...» s'inscrit dans la lignée des oeuvres les plus récentes du cinéaste new-yorkais. Cela tombe bien, c'est désormais ainsi qu'on le préfère, lorsque son imagination accouche d'une intrigue savoureuse et sans prétention où se bousculent légèreté et traits d'esprit, le charme de l'époque en sus. Non sans que s'expriment librement art de la mise en scène et sens inégalé de la direction d'acteurs.

Parmi ceux-ci, Helen Hunt, nouvelle venue dans l'univers du cinéaste, après avoir goûté à ceux de James Brooks («As Good as it Gets», et l'oscar qui la consacra), Robert Altman («Dr T and the Women») et autre Robert Zemeckis («Cast Away»). Woody snobant les apparitions publiques, l'actrice californienne a fait le voyage de Venise en compagnie de Charlize Theron pour parler du film. Rencontre avec une fan...

Vous n'imaginez pas combien j'ai été heureuse le jour où Woody Allen m'a appelée. Je voulais jouer depuis toujours dans l'un de ses films, et j'avais d'ailleurs essayé. Mon agent n'arrêtait pas d'appeler sa directrice de casting pour lui dire que j'accepterais un tout petit rôle, voire même apporter le café. J'avais appris, lors de la sortie d'«As Good as it Gets», qu'il s'était montré élogieux à mon égard. Et j'espérais, me disant que son radar m'avait enfin repérée. Mais juste avant «The Curse...», j'en étais venue à penser: «Peut-être n'est-il pas nécessaire que je joue dans l'un de ses films, je puis me contenter de rester une fan.» On ne rencontre pas nécessairement ses héros, et c'est fort bien. Et puis, c'est arrivé.

Pourquoi tous les acteurs veulent-ils travailler avec Woody Allen ?

Avant tout, c'est un maître, les gens créatifs aiment ses films. Et il a travaillé avec tellement de bons acteurs qu'on a en quelque sorte envie de faire partie du club. Quand j'ai appris qu'il avait écrit ce rôle pour moi, j'étais à la fois fière et étonnée : j'avais passé tant d'années à imaginer Judy Davis et d'autres, c'était proprement incroyable. Voilà une partie de la réponse.

En quoi sa façon de travailler est-elle unique ?

C'est difficile à expliquer. Pour moi, cela tient au fait qu'il tourne un film par an, ce qui induit un type de créativité particulier. J'ai apprécié tourner «Cast Away», mais c'est un processus qui n'a rien à voir : cinq ans pour le faire, pendant lesquels tout le monde fournit un travail très important pour deux heures de film. C'est chouette, mais tout à fait différent d'un esprit qui veut juste continuer à essayer. Et certains aiment un film, d'autres le suivant. Voilà pourquoi j'aimais la télévision, où j'ai débuté : on mettait tout ce qu'on pouvait en une demi-heure, et le vendredi soir, c'était fini, on passait à la semaine suivante. Vous avez là une liberté inconcevable lorsque vous consacrez cinq ans de votre créativité à une seule oeuvre.

Travailler avec lui ne présente-t-il que des agréments ? On le sait peu loquace...

Parler n'a jamais été un problème, même si cela ne durait pas des heures. Si j'avais 19 ans, j'aurais sans doute trouvé cela difficile : plus jeune, on attend des réactions du metteur en scène. Mais là, étant plus âgée, l'important pour moi était de travailler ensemble, pas d'en faire mon meilleur ami. Je voulais connaître l'expérience de l'un de ses films, et j'en ai été très heureuse.

Comment le décririez-vous dans la réalité ?

Créatif, humble, clair, simple dans le bon sens du terme, singulier.

© La Libre Belgique 2001

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