La politique fait irruption à la Mostra

Militants anti-mondialisation, tragédie des enfants de disparus en Argentine, «affaire Dreyfus » à l’italienne, chômeurs du rail britannique, la politique prend parfois le pas sur les stars et le glamour à la Mostra de Venise, ce qui ne devrait pas arranger ses relations avec le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi.

Militants anti-mondialisation, tragédie des enfants de disparus en Argentine, «affaire Dreyfus » à l’italienne, chômeurs du rail britannique, la politique prend parfois le pas sur les stars et le glamour à la Mostra de Venise, ce qui ne devrait pas arranger ses relations avec le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi.

Dimanche, les cinéastes-témoins des manifestations contre le sommet du G8 à Gênes, où un jeune Italien a été tué par la police, ont drainé une foule pacifique au Casino, le quartier général de la Mostra.

Tous n’étaient pas des cinéphiles, mais tous attendent avec impatience «Un autre monde possible », la version télé de 60 minutes et le film de deux heures qui seront tirés en octobre des 290 heures tournées par le collectif.

La vedette en étaient le leader du Forum Social de Gênes, Vittorio Agnoletto, et les réalisateurs Gillo Pontecorvo, Mario Martone, Cristina Comencini, Daniele Segre etc.

Sur les écrans, le cinéaste italien Marco Bechis (44 ans), qui a connu les geôles argentines pendant la dictature des années 70, évoque la tragédie des enfants de disparus dans «Hijos » (Fils). L’association des Mères de la Place de Mai estime que près de 500 enfants ont ainsi été enlevés à leurs mères détenues et adoptés, parfois, par leurs bourreaux tortionnaires. 72 ont été retrouvés, dont 68 ont choisi de revenir vivre avec leur famille biologique.

Le film précédent de Mario Bechis, «Garage Olimpo », primé dans plusieurs festivals, évoquait déjà les horreurs de la dictature et les tortures infligées aux détenus dans un lieu connu sous le nom de «Garage Olimpo ». Avec «Hijos », il est en compétition pour le Lion d’or de l’année dans la section Cinéma du Présent.

La politique était aussi à l’écran avec un flash-back sur le cas de trois anciens membres de l’extrême gauche italienne, condamnés pour le meurtre d’un commissaire en 1972. Indigné par cette «affaire Dreyfus » transalpine, c’est un cinéaste français Jean-Louis Comolli qui rouvre le dossier au Lido avec un documentaire intitulé «Le juge et l’histoire - Le cas Sofri », à partir du livre éponyme de Carlo Ginzburg.

Pour cet historien, que l’ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma interviewe dans son film, ce procès relève de l’Inquisition.

En janvier 2000, après huit procès, Adriano Sofri, Giorgio Pietrostefani et Ovidio Bompressi, anciens dirigeants du mouvement «Lotta continua », ont été condamnés à 22 ans de prison. Sofri est dans une cellule à Pise, Bompressi, malade, est en liberté surveillée et Pietrostefani vit réfugié à Paris.

Une copie du film sera transmise au président italien Carlo Ciampi, attendu à la clôture de la Mostra le 8 septembre, dans l’espoir qu’il accordera une grâce.

Lundi, ce sont les cheminots de Ken Loach qui descendaient au Lido avec «The Navigators », où le cinéaste britannique évoque la tragédie humaine et sociale de la privatisation des chemins de fer. (AFP)

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