L’«Eden» impossible de la Palestine

La 58e Mostra de Venise a entamé la deuxième partie de son marathon cinématographique, sans coup de coeur ni coup de foudre, en évoquant mardi l’ «Eden » impossible d’une Palestine où coexisteraient Arabes et Israéliens et le portrait d’un couple de «désaxés » dans la Rome d’aujourd’hui.

La 58e Mostra de Venise a entamé la deuxième partie de son marathon cinématographique, sans coup de coeur ni coup de foudre, en évoquant mardi l’«Eden » impossible d’une Palestine où coexisteraient Arabes et Israéliens et le portrait d’un couple de «désaxés » dans la Rome d’aujourd’hui.

Amos Gitaï, le réalisateur israélien de «Kadosh » et de «Kippour », parle d’un «paradis perdu que l’on ne verra jamais à cause des énormes dégâts causés par l’idée nationaliste » dans «Eden ». Giuseppe Piccioni s’attache à deux trentenaires, une jeune mère célibataire et un chauffeur rêveur et lunaire que le destin finit par rapprocher dans «Luce Dei Miei Occhi » (Lumière de mes Yeux).

Ce sont deux des vingt candidats aux Lions d’Or, décernés le 8 septembre par le jury présidé par le cinéaste italien Nanni Moretti, réalisateur de «La chambre du fils ». Plus de la moitié des films ont été visionnés et d’après un classement établi par la presse italienne, deux candidats, diamétralement opposés, sont pour le moment en tête du peloton.

«The Others », le thriller gothique du jeune Espagnol Alejandro Amenabar, avec Nicole Kidman et «Quem Es Tu? », un film hiératique, historique et théâtral du Portugais Joao Botelho, précèdent «The Navigators » de Ken Loach et «Hundstage » (Dog Days - Canicule) du provocant Autrichien Ulrich Seidl.

Amos Gitaï s’est inspiré d’un roman d’Arthur Miller (Homely Girl - Une fille quelconque), qu’il a convaincu de faire, à 86 ans, sa première apparition au cinéma. Il l’a transposé dans la Palestine sous mandat britannique du début des années 40, un «Eden » qui attire des Sionistes comme Dov, le jeune architecte américain communiste, et son épouse Samantha (Samantha Morton), ou des idéalistes comme le libraire allemand Kalkofsky qui prône la coexistence entre Palestiniens et Juifs.

Mais il y a aussi Kalman (Danny Huston, le fils de John Huston) qui, lui, débarque pour s’enrichir en achetant des terres...

«Eden » a de fortes résonances avec la situation d’aujourd’hui. «C’est un chapitre de notre histoire qui a été effacé de notre mémoire », a dit Amos Gitaï. «C’était important de faire un film qui parle d’espoir et d’utopies en ces jours sombres ». La population d’Israël est «un mélange de gens déplacés qui se cherchent une identité ». Le père du réalisateur lui-même, né à Berlin, s’est enfui en Suisse en 1934, avant de s’embarquer pour Israël.

Arthur Miller, qui voit avec scepticisme ses enfants partir créer une nouvelle société en Palestine, représente ces «Juifs cosmopolites et humanistes détruits par la guerre. Il n’y a plus de place dans le monde pour ces gens-là », a déploré le cinéaste.

Sur son propre turf, l’Italien Piccioni a été applaudi, sans emporter l’adhésion de toute la presse, avec «Lumière de mes Yeux ». Antonio (Luigi Lo Cascio) est un chauffeur fasciné par la science-fiction, qui se prend pour un extraterrestre. Sa rencontre avec Maria (Sandra Ceccarelli) va le faire redescendre sur Terre et le mettre en contact avec quelques dures réalités de la vie.

Endettée, angoissée, débordée de travail, Maria risque de perdre sa fille Lisa dont la garde est réclamée par les grands-parents... Un portrait intimiste et sensible de deux êtres fragiles, un peu à la marge de la société, servis par de très bons interprètes. (AFP)