«L’emploi du temps» : imposture et misère des cadres

Après le très remarqué «Ressources humaines», le cinéaste français Laurent Cantet a présenté, en avant-première, à la Mostra de Venise «L’emploi du temps», un film qui parle de l’imposture, de la religion du travail et de «la misère des cadres», inspiré de l’«affaire Romand».

«L’emploi du temps» : imposture et misère des cadres
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Après le très remarqué «Ressources humaines», le cinéaste français Laurent Cantet a présenté, en avant-première, à la Mostra de Venise «L’emploi du temps», un film qui parle de l’imposture, de la religion du travail et de «la misère des cadres», inspiré de l’«affaire Romand».

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tuait parents, femme et enfants sur le point de découvrir sa double vie. Il leur avait fait croire pendant 18 ans qu’il travaillait à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Nicole Garcia, la réalisatrice de «Place Vendôme», a tourné un film encore inédit, «L’adversaire», adapté d’un récit d’Emmanuel Carrère, avec Daniel Auteuil dans le rôle titre.

Ce fait divers extraordinaire et sanglant, qui a «marqué l’insconcient collectif français», a servi de point de départ à Laurent Cantet et à son coscénariste Robin Campillo. Mais nous avons voulu «évacuer la fin tragique, le côté pathologique et monstrueux», a souligné mardi au Lido le réalisateur, en compétition pour le Lion de l’année dans la section Cinéma du Présent.

«L’emploi du temps» (qui sortira en novembre en France) est l’histoire de Vincent (le remarquable et convaincaint Aurélien Recoing), consultant en entreprise, qui décide de cacher son licenciement à sa femme Muriel (Karin Viard), à ses enfants et à tout son entourage. Il s’invente un nouvel emploi auprès d’une organisation internationale à Genève. Et, dès lors, d’arnaques en dissimulations, mentir, s’inventer un scénario, devient pour lui une activité à plein temps.

Laurent Cantet traite avec sobriété ce parcours confondant d’un homme d’apparence banale, entre réalisme social et familial et vacuité irréelle d’une vie fantasmée. Entre les aires d’autoroute où Vincent dort dans sa voiture et la façade de verre de l’immeuble où il est censé travailler, la tension est toujours sous-jacente. Vincent va croiser la route d’un autre arnaqueur (Serge Livrozet, lui-même ancien perceur de coffres, écrivain, et ami du philosophe Michel Foucault)...

«Chacun peut se reconnaître dans la banalité de cet homme qui fantasme sa vie, comme on en a tous rêvé un jour ou l’autre», dit Laurent Cantet. Mais lui passe à l’acte«. Ce qu’une partie du public considère comme un »happy end« (Vincent retrouve du travail), pour moi est »l’issue la plus tragique«, dit-il.

Contrairement aux chômeurs désemparés du rail britanniques de Ken Loach (The Navigators, présenté la veille), Vincent est heureux dans cette parenthèse. »C’est une tentative d’évasion. A la fin, il est repris. C’est la montée à l’échafaud«, dit le réalisateur qui souligne combien il est difficile de remettre en cause »la religion du travail«.

»On voulait faire un film social, mais sur la misère des cadres«, précise son co-scénariste. » On s’est dit: «on va faire un film horrible, sur quelqu’un qui retrouve du travail».

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