Lion d’or à Eric Rohmer pour "L'Anglaise et le duc"

Avec l’audace d’un jeune révolutionnaire, Eric Rohmer, le peintre subtil des Contes des quatre saisons et des Comédies et Proverbes, s’est lancé, à 81 ans, dans les nouvelles technologies pour réaliser «L’Anglaise et le Duc », où la Terreur vue et vécue par une belle aristocrate anglaise.

Lion d’or à Eric Rohmer pour "L'Anglaise et le duc"
©EPA

Avec l’audace d’un jeune révolutionnaire, Eric Rohmer, le peintre subtil des Contes des quatre saisons et des Comédies et Proverbes, s’est lancé, à 81 ans, dans les nouvelles technologies pour réaliser «L’Anglaise et le Duc », où la Terreur vue et vécue par une belle aristocrate anglaise.

Le dernier opus de l’un des maîtres de la Nouvelle Vague est présenté vendredi à la 58e Mostra de Venise (qui lui rend hommage en lui décernant le prestigieux Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière) et il sort le même jour sur les écrans français.

Ce cinéaste secret, inclassable et hors des modes, qui a peint mieux que nul autre les marivaudages et les amours adolescentes depuis les Contes moraux («Ma nuit chez Maud », «Le genou de Claire »), jusqu’aux «Rendez-vous de Paris », aborde pour la troisième fois le film historique à travers les mémoires de Grace Elliott, amie du Duc d’Orléans.

Conservateur sur le fond, puisque «L’Anglaise et le Duc » est le regard d’une royaliste sur la Révolution avec tous ses excès et ses atrocités, le film révèle une véritable audace dans la forme grâce à l’utilisation de la vidéo et des «effets spéciaux ». Après «Alien », «Jeanne d’Arc, »Le fabuleux destin d’Amélie Poulain« et »Astérix«, il s’est adressé aux magiciens des studios Duboi.

Comme Alain Resnais, le réalisateur de »On connait la chanson« et »Smoking/no smoking«, déjà couronné d’un Lion d’or à la carrière, l’octogénaire Rohmer prouve que les cinéastes âgés sont aussi créatifs que les jeunes loups.

Sur quelques notes de clavecin, qui deviendront plus tard le

»Ah, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne...«, une gravure d’époque aux couleurs un peu fanées s’anime tout à coup. Les personnages sortent de la toile peinte et le spectateur est plongé dans le Paris du XIIIe siècle recréé à travers 37 tableaux, peints par Jean-Baptiste Marot, dans lesquels figurants, chevaux, voitures ont eté incrustés digitalement.

C’est dans ce cadre, qu’apparaît Grace (la remarquable et inconnue Lucy Russell), qui fut la maîtresse du Prince de Galles, futur George IV, puis celle du Duc d’Orléans (Jean-Claude Dreyfus) qui l’emmena en France en 1786. Séparés, ils demeurèrent amis. Eric Rohmer raconte presque comme un thriller les aventures périlleuses et rocambolesques de la belle Anglaise qui fuit Paris en traversant la place de la Concorde jonchée de cadavres au moment de la prise des Tuileries.

Courageuse, elle n’hésite pas à revenir et à cacher un fugitif au péril de sa vie. Arrêtée, relâchée, arrêtée de nouveau, Grace échappe à la guillotine, alors qu’elle voit les sans culottes brandir la tête de son amie, la princesse de Lamballe, au sommet d’une pique. Son ami, le Duc, qui a voté la mort du roi, périra lui aussi.

»Vous croyez mener la Révolution, mais c’est elle qui vous mène«, lui reproche la clairvoyante Grace. »L’Anglaise et le Duc« présente un point de vue -celui des nobles aristocrates, victimes de sans culottes barbares- que l’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma, à l’opposé de »La Marseillaise« de Jean Renoir qu’Eric Rohmer juge pourtant »admirable«.

»Je n’ai pas fait ce film pour des raisons politiques, affirme le cinéaste. Je n’y défends aucun parti, ni royaliste, ni anti-royaliste«. »Grace n’est pas dans le camp des ultras.« Eric Rohmer, ancien professeur de lettres, qui a travaillé pour la télévision scolaire, aimerait »contribuer à entretenir chez le public, jeune et vieux, le goût de l’Histoire«. (AFP)


La Mostra de Venise décerne vendredi un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière à Eric Rohmer, un cinéaste qui «réussit à se renouveler dans chacun de ses films, ajoutant une nouvelle brique à l’édifice de son oeuvre, une construction d’une rare cohérence et beauté ». «La preuve la plus récente en est le surprenant +L’Anglaise et le Duc », ajoute la Mostra dans le catalogue publié lors de cette 58e édition, «un film qui montre comment un grand artiste est capable de placer les effet spéciaux au service d’une réflexion sujette à controverse sur l’histoire et l’inépuisable tentation du totalitarisme. » «Dans une ère de transition, marquée par le culte de la technique, la leçon de Rohmer apparait comme un antidote salubre à tant de films contemporains ». Eric Rohmer avait déjà reçu un Lion d’or en 1986 pour «Le rayon vert » et Pascale Ogier avait obtenu le prix d’interprétation pour «Les nuits de la pleine lune » en 1984. (AFP)

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