Agnès Jaoui, une diva blonde

Ça tache le thé vert? Je le saurai demain! On ne sait par quel mystère la tasse a adhéré à la soucoupe et patatras! le breuvage s'est «éclathé» un peu partout.

Agnès Jaoui, une diva blonde
©Jean-Luc Flemal
FERNAND DENIS

RENCONTRE

À PARIS

Ça tache le thé vert?Je le saurai demain! On ne sait par quel mystère la tasse a adhéré à la soucoupe et patatras! le breuvage s'est «éclathé» un peu partout. Particulièrement sur la longue jupe kaki d'Agnès Jaoui. Même si elle incarne une actrice de premier plan, Elisabeth Becker, forcément un peu diva, dans «Le Rôle de sa vie», la comédienne n'en fait pas un drame. Au contraire, elle en rigole en se tamponnant la jambe d'une serviette blanche. A propos, ce portrait de star de cinéma, le trouve-t-elle ressemblant? bien observé?

«Très bien observé, mais j'ai intérêt à dire qu'il ne me ressemble pas, précise Agnès Jaoui de son sourire en coin. C'est une des qualités du film, les personnages sont justes, pas manichéens. Ce n'est pas la méchante et la gentille, elles sont ambivalentes. Au début, je n'apparais pas sous mon meilleur jour, mais au fur et à mesure on comprend un peu pourquoi. Au départ, je ne trouvais pas bizarre de jouer une actrice, mais quand l'essayage durait trop longtemps, que ça m'énervait un peu, il y avait comme une petite mise en abyme. On en rigolait avec la costumière, je lui disais: «Je fais ma Becker». J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer ce personnage à la fois très cassant et très féminin.»

Et très très blonde aussi. On a même un doute en regardant l'affiche. «Moi aussi. J'ai toujours eu beaucoup de mal à me reconnaître sur les affiches, mais là! Elles ont de la chance les blondes. Enfin, je ne sais pas si c'est finalement agréable d'être tout le temps regardée comme ça. Je n'aurais jamais pu imaginer ce que c'était avant d'être transformée en Marilyn. Je ne sais pas où cela agit, pourquoi et comment, mais c'est amusant de jouer à la femme fatale.» Incarnant une star de cinéma, elle ne peut pas faire un mètre sans qu'un admirateur ne s'approche avec cette phrase rituelle: «J'aime beaucoup ce que vous faites». Insupportable? «Pas du tout, rétorque Agnès Jaoui. Ça me fait toujours très plaisir. Si on ne me le disait plus, je serais triste. Moi aussi je le dis quand je rencontre des gens dont j'apprécie le travail. Faut rester simple. Maintenant, il y a ceux qui viennent dire j'aime beaucoup votre travail et ceux qui écrasent les pieds de ma copine - qui n'est pas connue - pour me dire n'importe quoi. Ce ne sont pas les mêmes.»

Continuité

Ce qui donne un relief particulier à ce «Rôle de sa vie» de François Favrat, c'est qu'il aborde par le biais de la célébrité, le thème de l'image qui était au coeur du film écrit, joué, réalisé par Agnès Jaoui et primé à Cannes: «Comme une image». C'est ce qui s'appelle avoir de la continuité dans la réflexion? «C'est à la fois un hasard et quelque chose dans l'air du temps. La puissance médiatique est un phénomène récent, à peine cent ans, et qui n'a pris de telles proportions que récemment. Il y a assez peu de réflexion là-dessus - quelques sociologues, quelques psys - et un grand vide juridique car le code civil date de bien avant les médias. Actuellement, cela dépasse tout le monde, même les gens qui l'utilisent. Cela me paraît assez naturel que les cinéastes essaient de parler de cette force de l'image.»

Justement, se sent-elle enfermée dans une image, comme une fragrance dans un flacon de parfum? «Je sens qu'on a un peu de mal à m'étiqueter. On me met avec Jean-Pierre et je fais la gueule. On me voit en passionaria des intermittents. On me considère comme une intellectuelle, ce que je ne suis pas du tout.» Ce thème de l'image, de la fascination, est dans son oeuvre depuis le début, depuis «Cuisine et dépendances». «Il me passionne car l'influence normative de l'image est considérable. Intellectuellement, je me dis, c'est pas grave quelques kilos de trop, mais en même temps, je suis au régime depuis l'âge de 11 ans. L'image nous abêtit beaucoup. Et il y a bien d'autres exemples, auxquels on ne réfléchit même pas. La familiarité d'un visage vous le rend sympathique. Vous croisez la présentatrice de la météo, votre premier réflexe est de la trouver sympa parce que vous la connaissez, c'est quelqu'un de la famille. C'est ce qu'on sent. Mais quand c'est Le Pen, c'est grave car il y a toujours plus de gens qui le trouvent sympathique à la fin qu'au début de l'émission.»

«Le Rôle de sa vie» est sorti mercredi. Critique dans «La Libre Cinéma» du 23 juin.

© La Libre Belgique 2004