"Last Days": les derniers jours de Kurt Cobain

Kurt Cobain, leader du groupe de rock Nirvana, se tire une balle dans la tête, à 27 ans. Le cinéaste américain Gus Van Sant ne l’a rencontré qu’une fois mais, 11 ans après, essaye d’imaginer ses derniers jours dans "Last Days".

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Kurt Cobain, leader du groupe de rock Nirvana, se tire une balle dans la tête, à 27 ans. Le cinéaste américain Gus Van Sant ne l’a rencontré qu’une fois mais, 11 ans après, essaye d’imaginer ses derniers jours dans "Last Days", qui sort vendredi dans les salles en France en même temps que sa présentation en compétition au Festival de Cannes.

Un jeune homme blond, cheveux longs et baskets, semble errer dans la forêt et va plonger dans une cascade d’eau fraîche. Puis il regagne une vaste maison, sorte de château décrépi, où il mange des céréales au lait.

Dans le jardin, il va déterrer une boîte enveloppée dans du plastique. Habillé en femme, il se promène dans la maison avec un fusil de chasse et reçoit un agent commercial des pages jaunes. A moitié défoncé, à moitié endormi, il joue de la guitare ou regarde à la télé des clips de Boyz II Men. A l’étage, des couples dorment: ses amis, son entourage, ses musiciens.

Blake, chanteur de rock, s’est échappé de son centre de désintoxication. Replié sur lui-même, plus seul que jamais, il plie sous le poids de la célébrité, du mal de vivre, de la drogue, de la solitude...

"Le but des trois films était d’utiliser la fiction pour découvrir quelque chose de nouveau sur une situation donnée. Dans les trois histoires, les gens ignorent ce qui s’est vraiment passé, car il leur manque certains éléments", explique Gus Van Sant. "Pour Kurt Cobain, personne ne sait vraiment où il était durant les deux derniers jours de sa vie. La source d’inspiration de ’Last Days’ n’est pas tant l’événement en soi que l’interrogation sur ce qui s’est passé".

Michael Pitt, remarqué dans le film de Bertolucci "Innocents", interprète le rôle de Blake avec une ressemblance frappante avec Kurt Cobain et donne une image du désespoir et de la déchéance physique qui pourrait lui valoir un Prix d’interprétation.

Gus Van Sant, marqué par le suicide de l’acteur River Phoenix en octobre 1993 (avec qui il avait tourné "My Own Private Idaho"), dit avoir voulu simplement illustrer le désordre intérieur d’un chanteur de rock au bout de son chemin, et donner sa version personnelle de la fin du chanteur de Nirvana. "Quand Kurt Cobain est mort, ses derniers jours ont exercé une véritable fascination.

C’est un peu comme ce que j’avais vécu pour River Phoenix quelque temps auparavant. Un homme était en crise, personne ne pouvait l’aider. Où était-il? Quels ont été ses derniers instants?" Comme "Elephant", "Last Days" ne suit pas une écriture cinématographique traditionnelle. Peu de dialogues, des images brutes mais une construction très épurée, des plans-séquences et des scènes parfois très longues. On s’ennuie un peu, ce n’est certes pas un film grand public et facile à voir, et cela n’a pas la force ni la beauté tragique d’"Elephant".

Mais il se dégage de ce film sombre une poésie du désespoir et une sobriété un rien esthétique que les admirateurs de Gus Van Sant apprécieront, le tout renforcé par une bande-son très soignée, avec utilisation de la musique parfois en phase, parfois complètement décalée avec l’image: de Clément Jancquin (16e siècle) à "Venus in Furs" du Velvet Underground -mais, ultime hommage, sans aucun morceau de Nirvana.