«C'est arrivé...» à Tavier aussi

«En quinze ans, je suis allé à Cannes une dizaine de fois.» A sa manière, Vincent Tavier est un vieux routier de la Croisette. Avec André Bonzel, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde, il était de l'aventure «C'est arrivé près de chez vous», en 1992. Namurois comme Poelvoorde, il rejoint les trois compères et s'improvise acteur et directeur de production.

«C'est arrivé...» à Tavier aussi
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ALAIN LORFÈVRE

«En quinze ans, je suis allé à Cannes une dizaine de fois.» A sa manière, Vincent Tavier est un vieux routier de la Croisette. Avec André Bonzel, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde, il était de l'aventure «C'est arrivé près de chez vous», en 1992. Namurois comme Poelvoorde, il rejoint les trois compères et s'improvise acteur et directeur de production. Un an après le prix de la Caméra d'or décerné à «Toto le Héros» de Jaco Van Dormael, cet ovni va confirmer qu'il se passe quelque chose dans le cinéma francophone belge. «Fin 91, on terminait le montage du film. Lucas Belvaux, le frère de Rémy, était proche de la rédaction des Cahiers du Cinéma. On leur a montré un premier montage qui les a estomaqués. Ensuite, Jean Roy, en charge de la Semaine de la Critique, l'a vu. Il a tout de suite dit: «Je le prends». Dès le mois de décembre on savait, officieusement, qu'on allait à Cannes.» Pour terminer le film, le quatuor obtient une avance exceptionnelle de la Commission de sélection du film. «A partir de là, ça été l'emballement. Le lendemain des projections de presse, on avait un article dans «Variety», juste en face de «It's all true» d'Orson Welles! Ben a fait sa première couverture, dans un numéro de Cinergie.» La virée cannoise sera épique. «Le film était précédé d'une bonne rumeur, mais une fois qu'il est passé, c'est devenu la folie furieuse. Tout le monde voulait le voir. L'Agence France Presse a titré: «Un film belge provoque une émeute». C'était l'année où Cannes découvrait Tarantino avec «Reservoir Dogs». On a été assimilés au phénomène. Nous, on traversait ça dans un coma semi-éthylique...»

Le film revient avec le prix de la Critique et le prix spécial du Jury... et une gueule de bois. «J'ai géré l'après- «C'est arrivé...» pendant cinq ans. On nous avait recommandé un agent pour la vente internationale. On s'est fait escroquer. Il y a des pays où on n'a jamais touché un franc de recette. On a monté les Artistes Anonymes pour gérer nos conneries... Ce ne sont pas mes meilleures années!» Mais le virus est contracté. Benoît Poelvoorde propose à son ami de produire «Les Carnets de Monsieur Manatane», pour Canal+. Tavier crée alors Todo Films, une ASBL, avec Guillaume Malandrin. Bientôt rejoints par Stéphane Vuillet, ils produisent courts métrages et pubs.

En 1999, l'envie de passer au long venant, Todo devient La Parti Production, renforcée par Philippe Kaufmann. Ils produisent «Aaltra» de Gustave Kerven et Benoît Delépine et «Calvaire» de Fabrice du Welz, présenté à la Semaine de la Critique en 2004. La Parti y revient cette année avec «Komma», premier film de Martine Doyen, avec Arno. Guillaume Malandrin présente aussi «Ça m'est égal si demain n'arrive jamais», à l'Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID). Et, bien sûr, La Parti écumera celles de la Croisette avec son ami Ben. Avec un avantage: «Quand tu débutes, tu passes ta journée à courir pour t'y faire inviter. Après quelques années, tu choisis.»

Vincent Tavier nous livrera chaque jour ses impressions du Festival de Cannes.

© La Libre Belgique 2006

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