Jérémie Renier, le retour de l'enfant

Avec bientôt vingt-cinq films à vingt-cinq ans, Jérémie Renier tient une moyenne exceptionnelle en son genre. Jérémie Renier multiplie les tournages cette année. A l'affiche de «Dikkenek», on le verra bientôt dans «Nue Propriété» avec Isabelle Huppert. Derrière cette frénésie, se cache aussi l'envie de passer à son tour derrière la caméra.

ALAIN LORFÈVRE
Jérémie Renier, le retour de l'enfant
©D.R.

ENTRETIEN

Avec bientôt vingt-cinq films à vingt-cinq ans, Jérémie Renier tient une moyenne exceptionnelle en son genre. Curieux et gourmand, il revient au pays après un détour par Paris. Après «L'enfant» des frères Dardenne l'année dernière, véritable retour aux sources de sa carrière, il opère à nouveau un de ces virages à 180 degrés dont il a le secret, en se retrouvant tête d'affiche du vulgaire «Dikkenek» (cf.LLC du 21/06), produit par Luc Besson et réalisé par le Belge Olivier Van Hoofstadt. «C'est assez gratiné comme film, à mon avis, ça va secouer le cinoche. C'est barré de chez barré, un peu «C'est arrivé près de chez vous» mais encore plus déjanté. C'est vraiment très belge. Je suis curieux de voir les réactions», nous confiait-il en mars, sur le tournage de «Nue Propriété», de Joachim Lafosse.Ce retour en Belgique, c'est le fruit d'un constat, qu'il nous livre sans détour. «Le cinéma français va mal. En France, ils ont un peu ce côté «On sait! On sait comment le cinéma se fait». C'est leur problème. Surtout dès que c'est un film d'auteur. Ils restent accrochés à Godard, Truffaut. Ou alors c'est les comédies connes. Il y a peu de choses entre les deux. La majorité des films tu peux les jeter. Et puis les chaînes dictent beaucoup. Tu te trouves face à des gens qui ont fait des études de commerce et qui ont la conviction de savoir ce que veut le public.»

Défendre quelque chose

Dikkenek, Jérémie? Non: les comédies «connes» ou les films à gros budget, il connaît, il a donné. «Au départ, je me disais que ce serait marrant de faire des films comme ça, genre «San Antonio», où je pourrais tirer avec des flingues. C'est marrant la première semaine et après, ça manque vite de profondeur. En France, dès qu'on fait des films historiques ou des films d'action avec de l'ampleur, on se rend compte que l'histoire s'étiole très vite et que le film s'effrite. On ne parvient pas à faire comme les Américains des films de hold-up avec un scénario et des personnages balaises. Je crois que l'écriture est plus belle et précise quand c'est un petit film. Mais dès que c'est un gros film, on perd les bons scénars. L'avantage de la Belgique, c'est qu'on est très décomplexé par rapport aux Français et on ose beaucoup plus.»

Alors, donc, le revoilà par chez nous, sur des projets comme «Dikkenek», ou de vrais films d'auteurs, comme «Nue Propriété», où il côtoie Isabelle Huppert et son frère Yannick. «J'ai envie d'aller dans des films ou des histoires qui me parlent. Si je n'ai pas quelque chose à défendre, j'ai l'impression que je me fais chier. «Nue Propriété», c'est un projet que Joachim avait depuis cinq ans. Le premier à qui il en parle, c'est mon frère. Puis j'ai reçu le scénario. Depuis il a fait différentes versions. Le film a été long à se monter, comme beaucoup de films malheureusement. Et puis il est arrivé avec une version finale. Ce qui est vraiment chouette, c'est qu'il a encore accepté de le retravailler afin que Yannick et moi puissions y ajouter des choses à nous. Pendant environ trois semaines un mois, on a réécrit certains passages. C'était la première fois que je faisais ça, c'était vraiment très chouette, très riche. On a pu s'impliquer comme personnage.»

Tourner avec Yannick a aussi été un moment très particulier. «On se voit sous un jour nouveau. On s'est laissé aller. On sait que l'autre ne jugera pas. On a fait des trucs assez déments. On ne s'était plus beaucoup vu depuis huit ans, pendant que je vivais à Paris. Avant le tournage, on s'est vu beaucoup, pour retrouver la fibre fraternelle. On fait les cons. Notre père est passé sur le tournage, il nous a dit qu'il avait l'impression de nous retrouver comme on était à la maison, il y a dix, quinze ans.»

Le sentiment de créer

On le reverra aussi bientôt dans «Fair Play», un thriller de Lionel Bailliu avec Jean-Pierre Cassel et «Président» de Lionel Delplanque avec Albert Dupontel et Claude Rich. Derrière, il y a toujours cette envie de passer, un jour, à la réalisation. «Mais je ne force pas. J'ai fait un court métrage il y a très longtemps. C'était une connerie que j'ai faite moi-même, dans mon coin. C'est plus pour me faire la main. L'avant-dernier que j'ai fait, c'est l'histoire de trois femmes, que j'ai tourné avec des amis. Pour moi c'est plus un moteur de travail. Je tourne en DV, très légèrement, je me produis moi-même. On a un groupe d'amis et on a juste envie de travailler, de mettre en images nos idées. On tourne, on fait des petits trucs. Mais je laisse les choses venir. Mais quand je monte, je prends mon pied. J'ai vraiment le sentiment de créer, presque plus que quand je joue.»

© La Libre Belgique 2006