Road-movie identitaire

Pour son premier long, l'Américain Duncan Tucker (auteur d'un court métrage gay remarqué) s'attaque à un sujet sinon difficile, du moins qui pouvait facilement déraper, soit dans la caricature, soit dans le pathos à tout cran: la transsexualité. Le jeune réalisateur évite fort heureusement ces deux écueils en s'appuyant sur un personnage fort, complexe et, surtout, éminemment charismatique.

Hubert Heyrendt

Pour son premier long, l'Américain Duncan Tucker (auteur d'un court métrage gay remarqué) s'attaque à un sujet sinon difficile, du moins qui pouvait facilement déraper, soit dans la caricature, soit dans le pathos à tout cran: la transsexualité. Le jeune réalisateur évite fort heureusement ces deux écueils en s'appuyant sur un personnage fort, complexe et, surtout, éminemment charismatique. Il s'agit de Bree Osbourne, solitaire mais déterminée à passer le cap de la transformation radicale. Tout irait pour le mieux si, à quelques jours de la dernière opération qui doit définitivement faire d'elle une femme, elle ne se découvrait un fils, emprisonné à New York.Afin d'accepter pleinement sa nouvelle identité, Bree sait qu'elle doit en finir avec l'ancienne, celle où elle s'appelait Stanley. Mais face à un gamin de 19 ans, difficile de révéler la vérité. Payant la caution d'un dollar et se faisant passer pour une évangéliste, elle décide d'embarquer avec elle ce prostitué et de le ramener chez lui. Commence alors un surprenant road-movie entre un fils et un père sur le point de devenir sa mère.

TOUCHER PAR LE RIRE

Si le sujet est lourd, la situation n'en est pas moins amusante. Ce que ne perd jamais de vue le cinéaste américain qui prend un malin plaisir à truffer le périple de son étrange couple de rencontres incongrues qui lui permettent de faire le point sur les travers d'une Amérique bien-pensante campant sur ses certitudes.On le voit, plutôt que d'opter pour le drame classique, Tucker opte intelligemment pour la comédie légère: soit, sourire du sujet mais sans jamais se moquer. De la sorte, «Transamerica» frappe toujours juste, parvenant à faire passer son message de tolérance sans jamais s'encombrer des atours du militantisme. C'est, en effet, par le rire, les rebondissements, les situations décalées que le film nous distille son humanité généreuse, sans arrière-pensée.

Dernier piège évité, celui de la performance d'acteur écrasante. Et là, Tucker a finement joué. Plutôt que de confier le rôle à un acteur, il a choisi une actrice, Felicity Huffman. Les fans de «Desperate Housewives» reconnaîtront difficilement leur Lynette préférée, tant la comédienne apparaît métamorphosée. Et pas seulement physiquement. Par sa voix, ses attitudes, une certaine gaucherie, Huffman parvient, en effet, à faire suinter les dernières traces de masculinité d'un être qui, en paix avec lui- même, va enfin pouvoir vivre la vie qu'il souhaite.

© La Libre Belgique 2006


Scénario & réalisation: Duncan Tucker. Production: William H.Macy. Photo- graphie: Stephen Kazmierski & Tom Camarda. Musique: David Mansfield & Dolly Parton. Montage: Pam Wise. Avec Felicity Huffman, Kevin Zegers, Graham Greene, Burt Young... 1 h43.

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