Dans les traces du maître

A croire que certains n'ont jamais vu de films d'horreur... Faisant le plein en plein milieu du désert dans une pompe à essence tenue par un demi-fou tout droit sorti de «Deliverance», la famille Carter suit son conseil et prend un raccourci par une route de terre serpentant dans les collines... C'est la boulette! Que n'avaient-ils regardé le cultissime «The Hills Have Eyes» réalisé par Wes Craven en 1977.

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© D.R.
H.H.

A croire que certains n'ont jamais vu de films d'horreur... Faisant le plein en plein milieu du désert dans une pompe à essence tenue par un demi-fou tout droit sorti de «Deliverance», la famille Carter suit son conseil et prend un raccourci par une route de terre serpentant dans les collines... C'est la boulette! Que n'avaient-ils regardé le cultissime «The Hills Have Eyes» réalisé par Wes Craven en 1977. A leur décharge, le film n'a pas été édité en DVD et ne passe jamais à la télé...

C'est l'époque où, après le très dérangeant «The Last House on the Left», Craven régnait en maître sur le cinéma horrifique, aux côtés des Romero, Carpenter et autres Tobe Hooper. Tous cherchaient à redonner vie au fantastique à coups de bains de sang mais aussi de sous-textes politiques forts.

Depuis, tous sont plus ou moins rentrés dans le rang, et notamment Craven. Lequel a fait exploser le box-office fin des années 90 en s'autoparodiant dans la trilogie des «Scream». Pourtant, leur cinéma a continué d'inspirer les générations suivantes de cinéastes biberonnés aux petits films gores de fin de soirée. Se glissant dans les pas des grands maîtres, ils cherchent eux aussi à redonner un coup de fouet au genre.

UN FRENCHY À HOLLYWOOD

Parmi eux, on retrouve le Français Alexandre Aja qui, dans «Haute Tension», en faisait voir de toutes les couleurs à la pauvre Cécile de France, pour le plus grand plaisir des fans d'horreur (moins des autres). A tel point que Wes Craven, enfilant ici sa casquette de producteur, l'a choisi pour réaliser le remake de son classique. Bonne pioche puisqu'Aja lui reste totalement fidèle, tout en faisant bénéficier au film de tout le savoir-faire made in Hollywood.

Car, pour le reste, le réalisateur et son coscénariste Grégory Levasseur ont réussi à imposer leurs vues sans avoir à multiplier les concessions. En effet, Aja signe une oeuvre non seulement très dure, dans le respect du survival original, mais conserve également toute la charge politique implicite.

Car le véritable responsable du massacre n'est pas à chercher parmi les tarés congénitaux qui déciment la pauvre famille Carter, mais bien au niveau du gouvernement américain qui, comme c'est rappelé dans un très beau générique, a, de 1945 à 1962, réalisé plus de 300 essais nucléaires dans le désert du Nouveau- Mexique...

A un autre niveau, on peut également y lire une critique de la politique de Bush, notamment quand l'un des horribles méchants affirme: «C'est vous qui nous avez créés!» Suivez mon regard... Sans compter quelques scènes pas piquées des hannetons où le drapeau américain et le «Star-Spangled Banner» en prennent pour leur compte.

«Hills Have Eyes» réussit donc son lifting sur tous les plans. Ce qui n'était pas gagné d'avance dans un paysage cinématographique américain souvent beaucoup plus frileux.

© La Libre Belgique 2006


Réalisation: Alexandre Aja. Scénario: Alexandre Aja & Grégory Levasseur (d'après Wes Craven). Musique: tomandandy. Photographie: Maxime Alexandre. Avec Aaron Stanford, Emilie de Ravin, Ted Levine... 1 h47.