Un rêve éveillé

Clippeur reconnu (pour Daft Punk, Björk ou Massive Attack), Michel Gondry a été découvert par les cinéphiles grâce à «Human Nature» en 2001, sur un scénario du brillant Charlie Kaufman. Avec «La science des rêves», Gondry poursuit dans la même veine d'un romantisme décalé, en solo cette fois. Mais le réalisateur français n'a rien perdu de son imagination.

Un rêve éveillé
©D.R.
H.H.

Clippeur reconnu (pour Daft Punk, Björk ou Massive Attack), Michel Gondry a été découvert par les cinéphiles grâce à «Human Nature» en 2001, sur un scénario du brillant Charlie Kaufman. Le duo infernal remettait le couvert il y a deux ans avec l'ébouriffant «Eternal Sunshine of the Spotless Mind», où Jim Carrey et Kate Winslet n'en finissaient plus de se courir après, au-delà de leurs souvenirs.

Avec «La science des rêves», un projet antérieur, Gondry poursuit dans la même veine d'un romantisme décalé, en solo cette fois. Mais le réalisateur français n'a rien perdu de son imagination. Plus personnel, son troisième film est, en effet, une belle mise en abyme du vécu de l'auteur. A l'image de son héros -il s'est choisi comme double Gael Garcia Bernal, il y a pire-, Gondry semble avoir eu bien du mal à sortir de sa coquille, de son univers mental, pour nouer des contacts avec ses contemporains, du beau sexe en particulier...

FILMER SES RÊVES

De retour à Paris, Stéphane -élevé par son père en Argentine- semble un peu déphasé entre la mère qu'il retrouve (Miou-Miou) et son nouveau boulot dans une entreprise spécialisée dans la confection de calendriers d'entreprise. La situation est d'autant plus difficile à gérer pour lui qu'il vient de craquer pour sa nouvelle voisine, la charmante Stéphanie (Charlotte Gainsbourg). Pour échapper à toute cette pression, le jeune homme finit par se réfugier dans ses rêves, qui prennent de plus en plus le pas sur la réalité.

Lui aussi de retour en France après son passage à Hollywood, Michel Gondry change donc de style, livrant un film plus modeste, entièrement bricolé. Délaissant totalement les effets spéciaux, le réalisateur a, en effet, choisi de filmer ses doux délires de manière totalement artisanale. Et c'est un bonheur de le voir, comme son héros, créer des petites machines avec deux bouts de ficelle pour mettre en images son imaginaire.

On pourra reprocher à «La science des rêves» un scénario un peu lâche, puéril, un côté jouette, c'est justement ce qui fait sa force. Car c'est par la mise en évidence de ses propres faiblesses que Gondry enchante, les contournant par l'inventivité, la poésie qui se dégage de chacune des images de cette petite perle de simplicité et d'humour. Truffée de gags (les mains géantes, le lac en pente...), sa comédie romantique n'en reste pas moins toujours touchante dans sa sincérité.

Elle bénéficie, en outre, d'un casting sans faille. Autour du couple plein de charme Bernal/Gainsbourg, gravitent, en effet, une pléiade de seconds rôles jubilatoires, de la démesure verbale de Sacha Bourdo à l'anglais approximatif d'Alain Chabat, au sourire craquant d'Emma De Caunes. Sachant s'entourer, totalement décomplexé, Michel Gondry a su construire de ses propres mains un rêve de cinéma qui confirme un talent unique.

© La Libre Belgique 2006


Scénario & réalisation: Michel Gondry. Photographie: Jean-Louis Bompoint. Musique: Jean-Michel Bernard. Montage: Juliette Welfling. Avec Gael Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Miou-Miou, Emma de Caunes, Sacha Bourdo... 1 h45.