Versus Production sur la bonne pente

Sept ans de production : depuis 1999, Olivier et Jacques-Henri Bronckart ont bâti avec Versus Production un des piliers de la nouvelle génération du cinéma belge. Depuis l'unif, ces deux-là rêvent de cinéma.

Alain Lorfèvre

Sept ans de production : depuis 1999, Olivier et Jacques-Henri Bronckart ont bâti avec Versus Production un des piliers de la nouvelle génération du cinéma belge. Depuis l'unif, ces deux-là rêvent de cinéma. "C'est la découverte du cinéma d'Hal Hartley, qui allie la liberté de ton de la Nouvelle Vague et la modernité du cinéma américain, qui m'a fait prendre conscience que faire du cinéma était de l'ordre du possible" confie le second, jeans et veste militaire, bien loin du look du producteur requin. "Olivier, qui a toujours été le plus scientifique, s'est formé à la gestion. Moi, je suis plus dans le développement, la création."

Côté pile

Versus, côté pile, c'est d'abord des films : après s'être fait la main sur des courts métrages, après avoir produit "Ultranova", le premier long-métrage de Bouli Lanners, les Liégeois sont à Namur avec "Indigènes" de Rachid Bouchareb, coproduit avec la France, et "Cages" du Belge Olivier Masset-Depasse. "Je suis content que "Indigènes" ait fait l'ouverture, nous confie un Jacques-Henri Bronckart réjoui. Il fait l'événement en France, suscite aussi une réflexion en Belgique. C'est vrai qu'extérieurement, c'est un sujet français, mais c'est important d'être présent sur une oeuvre d'une telle ampleur."

Avec "Cages", Versus offre à la Belgique un nouveau talent. Lynch, Wong Kar Wai, Cronenberg sont les noms qui viennent à l'esprit à la vision de cette histoire passionnelle où Eve (Anne Coesens), ayant perdu l'usage de la parole, se bat pour conserver l'amour de son mari Damien (Sagamore Stévenin). L'univers marquant d'Olivier Masset-Depasse, révélé dans "Chambre froide" et "Dans l'ombre", courts métrages déjà produits par Versus, trouve ici toute son ampleur. "Olivier est un réalisateur qui met la barre très haut dès le début et qui sait entraîner toute son équipe derrière lui."

Outre "Cages", Versus a bouclé en 2006 "Voleurs de chevaux", de Micha Wald, autre auteur "maison". En 2007, Versus produira pas moins de trois films belges : le deuxième de Bouli Lanners (provisoirement titré "Léa"), "Simon Konianski" de Micha Wald et "Révolte Intime" de Joachim Lafosse - dont on peut voir pour l'instant "Ca rend heureux" ("La Libre Culture" du 27/09). Loin de se limiter à ce quatuor, la société continue de révéler de nouveaux auteurs grâce aux courts métrages, comme Virgine Gourmel, qui présentait "Aïe" à Namur.

"Chacun a des affinités ou un style très différents. S'il faut trouver un lien entre les auteurs que nous suivons, c'est l'expression d'un univers le plus subjectif et personnel possible."

Côté face

Côté face, Versus c'est désormais Inver Invest, société d'intermédiaire de tax shelter, créée il y a un peu moins d'un an par les deux frères Bronckart. "C'est une démarche pragmatique. Sans le tax shelter, le cinéma belge est moribond. On s'est rendu compte qu'il y avait une dérive dans la mesure où certains intermédiaires ne sont pas tant du côté du film que du côté des investisseurs en prenant des commissions importantes au passage." L'initiative fait grincer des dents (lire ci-dessous). Pour les producteurs, cette nouvelle situation est plus saine.

Grâce à des films comme "Indigènes", la crédibilité de Versus se renforce. En France, bien sûr, mais aussi au Canada, avec lequel Versus a coproduit "Voleur de chevaux" et où Olivier Masset-Depasse, qui vient de présenter "Cages" au Festival de Toronto, pourrait tourner son prochain film, un polar. Dans l'immédiat, passé Namur, "Cages" sera en compétition au nouveau Festival de Rome. "On a passé un cap, conclut Jacques-Henri Bronckart. On n'est plus la jeune boîte qui monte. Ce qui est très agréable, ce sont les relations établies avec les réalisateurs. On se connaît de mieux en mieux. On est plus fort ensemble."

Festival international du film francophone. Jusqu'au 6 octobre. tél : 081 24 12 36. webwww.fiff.be

© La Libre Belgique 2006


"Des critiques non fondées" Le "tax shelter" est un mécanisme fiscal qui permet aux entreprises d'investir une partie de leurs bénéfices dans le cinéma belge. Vu le gouffre qui existe parfois entre le monde des entreprises et celui du cinéma, certaines sociétés servent d'intermédiaire entre les deux. C'est le cas de Scope Invest, qui a investi 1,2 million d'euros dans le film "Indigènes". Geneviève Lemal et Alexandre Lippens, ses deux responsables, n'apprécient que modérément les critiques de certains producteurs, qui reprochent aux intermédiaires de se "sucrer" sur leur dos. "La mauvaise image que l'on veut nous coller n'est en rien justifiée, car nous apportons à la fois de l'argent et des projets au cinéma belge", dit Geneviève Lemal. "Depuis 2003, nous avons récolté 15 millions d'euros et nous avons cofinancé 22 films, dont 14 sont déjà sortis. Et il ne s'agit pas seulement de grosses coproductions très rentables, comme certains l'affirment, mais aussi de films d'auteur, voire de premiers films, tels qu' par exemple. Mais il est clair que nous abordons aussi la question du rendement, ce qui déplaît sans doute à ceux qui avaient l'habitude de ne pas s'intéresser à cette question, leurs films étant de toute façon financés par des subsides". Chez Scope Invest, on regrette aussi qu'une série de producteurs - parmi lesquels Jacques-Henri Bronckart - aient choisi de devenir eux-mêmes intermédiaires "tax shelter". "Ils vont rapidement se rendre compte que c'est un métier à part entière, qui demande un travail administratif phénoménal", affirme Alexandre Lippens. "Les producteurs qui se sont d'ores et déjà lancés dans le tax shelter n'ont aujourd'hui presque plus de temps pour s'occuper de production". A noter que Scope Invest espère lever entre 15 et 20 millions d'euros en 2006. De l'argent que la société compte notamment investir dans "Mr Nobody", le nouveau film (en anglais) de Jaco Van Dormael, dont le tournage débutera en Belgique en mars 2007. © La Libre Belgique 2006