Macédoine de Spartiates

Après le remake de "L'Aube des morts", l'ancien clippeur Zack Snyder s'attaque à l'adaptation de la bande dessinée de Frank Miller. Et comme Rodriguez dans "Sin City", il fait oeuvre de fidélité, trafiquant couleurs et décors pour recréer avec des acteurs réels l'esthétique de Miller. Sur le fond, cette révision du mythe de Leonidas et de ses 300 Spartiates se sacrifiant aux Thermopyles face aux armées perses pourra susciter quelques réserves. Sans compter qu'une boucherie à l'iconographie crytpo-gay pendant près de deux heures, c'est un peu gavant. Reste la performance visuelle, époustouflante. 1 h 55. Le film raconté par Valérie Moncousin

A. Lo.
Macédoine de Spartiates
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Les 300" est un film qui ne fait pas dans la dentelle. Le contraire eut été étonnant pour ce cocktail où l'Histoire - la fameuse bataille des Thermopyles et la résistance sacrificielle des 300 Spartiates de Leonidas face aux armées du roi perse Xerxès - est revue par l'auteur de bande dessinée Frank Miller (déjà derrière le titre ayant inspiré le très musclé et pas du tout délicat "Sin City") et finalement adaptée à l'écran par le non moins délicat Zack Snyder (responsable du remake nihiliste de "L'aube des morts" de George Romero).

ÉCRAN VERT

Snyder, comme Rodriguez dans "Sin City", a pris le parti de coller au plus près à l'imagerie de Miller. Exit donc tout décor naturel pour une recréation ex nihilo sur écran vert à coup d'images numériques, tandis que les acteurs, body-buildés à outrance, alignent les poses outrées deux heures durant pour une boucherie suintant de testostérone et vaguement crypto-gay (Snyder a quand même vêtu les Spartiates nus de Miller d'un petit string de cuir, mais a conservé l'iconographie à la Saint Sébastien de Leonidas transformé en pelote d'épingles...). On reconnaîtra à peine, sous la gonflette et les coups, Gerard Butler ("Le fantôme de l'opéra") en Leonidas, Dominic West ("Mona Lisa Smile", "Hannibal Rising") ou David Wenham (le Faramir des deux derniers volets du "Seigneur des Anneaux"). Lena Headey ("Les Frères Grimm") apporte tout juste une pointe de féminité.

FASCISANT ?

Sur le fond, le film pourrait apparaître comme une oeuvre propagandiste faisant allusion au "choc des civilisations". Snyder s'en explique dans l'entretien qu'il nous a accordé (lire ci-dessous). On sait aussi que Miller n'est pas, à proprement parler, un libéral chantre de la joue tendue. Son exaltation du "triomphe de la volonté" et de la mort "glorieuse" semble avoir des relents fascisants. Mais c'est l'histoire de l'oeuf et la poule : les régimes fascistes ont largement puisé dans l'Antiquité iconographie et idéologie. Miller, retournant aux mêmes sources, fait-il pour autant cause commune ?

Ces réserves émises, il faut admettre que "300" frappe techniquement et consacre une direction artistique sans faille. Snyder réussit la transposition d'un univers graphique typé, signant quelques séquences époustouflantes : la pluie de flèches sur la troupe de Leonidas, la chute des falaises des Immortels de Xerxès, la transe de l'Oracle... Alors que le cinéma d'animation s'égare dans une vaine quête du réalisme, "300", comme "Sky Captain and the World of Tomorrow" de Kerry Conran, renoue avec la fantaisie d'un Méliès en créant ex nihilo des univers parallèles. Dommage que ce dernier manque de s'étouffer avec un scénario indigeste, voire écoeurant.


Réalisation : Zack Snyder. Scénario : Zack Snyder, Kurt Johnstad, Michael Gordon d'après la BD de Frank Miller Photographie : Larry Fong. Montage : William Hoy Musique : Tyler Bates. Avec Gerard Butler, Dominic West, Lena Headey, David Wenham... 1 h 55.