Bouli Lanners, on the road again

Un ciel bleu vif, parsemé de nuages ouatés. Ou bleu pétrole, lourd et dense. Un ciel plombé, encore, qui écrase les terres. C'est selon les jours, les humeurs du temps. "On aura eu de tout", sourit Bouli Lanners. Est-on au bout du monde ? Presque. Au bout de la Wallonie ? Sûrement. En plein coeur des Hautes Fagnes, à Sourbrodt, exactement.

Bouli Lanners, on the road again
©Jean-Luc Flémal
Marie Liégeois

Un ciel bleu vif, parsemé de nuages ouatés. Ou bleu pétrole, lourd et dense. Un ciel plombé, encore, qui écrase les terres. C'est selon les jours, les humeurs du temps. "On aura eu de tout", sourit Bouli Lanners.

Est-on au bout du monde ? Presque. Au bout de la Wallonie ? Sûrement. En plein coeur des Hautes Fagnes, à Sourbrodt, exactement. Là où les longues routes côtoient de vastes étendues de verdure. Là où Bouli a senti comme un petit air de Far West, de grandes plaines et d'horizons à perdre de vue.

La Chevrolet

C'est sur fond de ces variations du ciel que se détache le road-movie scénarisé, réalisé et interprété par le cinéaste liégeois. Bouli Lanners y joue Yvan, 40 ans, vendeur de vieilles voitures américaines. Un soir, en rentrant chez lui, il surprend Elie, un toxicomane - campé par Fabrice Adde, jeune comédien français issu du Conservatoire de Liège -, en train de cambrioler sa maison.

Plutôt que d'alerter la police, Yvan accepte de reconduire Elie chez sa mère. Le duo prend la route. Péripéties, rencontre entre ces deux êtres que tout sépare, règlement de compte avec soi-même : le voyage ne restera pas sans surprise, émaillé de quelques apparitions de personnages hauts en couleurs.

Et le troisième homme, c'est cette vieille Chevrolet bleu ciel et métallisée. Une bagnole dégotée par l'équipe, présente en triple exemplaire sur les lieux de tournage. Dorlotée, bichonnée, affublée de caméras, elle offre à ce "buddy-movie" ("film de copains") comme le définit lui-même le réalisateur, une allure de Californie - le titre provisoire du film fut d'ailleurs "California Wash".

Car Bouli Lanners n'a aucune envie de positionner son deuxième long métrage dans la Wallonie profonde. Ce grand air, ces allures de l'Ouest, ces paysages filmés en cinémascope, c'est juste un "aujourd'hui, quelque part" . Sans plus. Une esthétique du vide qu'affectionne particulièrement celui qui décrocha le prix des cinémas d'art et d'essai au festival de Berlin pour "Ultranova", sorti en 2005.

Musique et nostalgie

De la tristesse et de la nostalgie. Et de l'humour, bien sûr, dans ce périple où la radio diffusera autant de vieux standards qu'un inédit de An Pierlé, des morceaux de Renaud Mayeur, chanteur du groupe "Les Anges" que des classiques américains. La Brabançonne, aussi, viendra se pousser sur la pellicule. "C'est le seul fait d'actualité que l'on ait suivi durant le tournage : la gaffe d'Yves Leterme. Maintenant, tous les Français de l'équipe connaissent notre hymne national !", rit le réalisateur, habillé d'un vieux short en jeans et d'un blouson râpé.

L'équipe tourne depuis huit semaines, en autarcie presque. "Avec une équipe en or", souligne le réalisateur, qui travaille une fois de plus avec Versus Production. Reste une dernière semaine de tournage et la sortie du film est projetée pour l'automne 2008.

En août, Bouli entamera le tournage de la nouvelle production du tandem Benoît Delépine et Gustave Kervern ("Aaltra"), aux côtés de Yolande Moreau.

Si le canevas de son road-movie est précis comme "une mécanique qui roule", estime Bouli, l'histoire évolue encore, au fil des réécritures de scènes et de la relation entre les deux héros.

Antihéros, plutôt. L'un, aux allures de gros nounours bougon et blasé. L'autre, un grand mou au regard éteint. Et quatre jours de voyage pour mener à bien une rédemption.

Le titre définitif du film est arrêté : "Eldorado". Une façon de rappeler que le paradis ne se situe pas toujours là où on pense.

Sur le même sujet