Serrault s'en est allé

Michel Serrault, un des monstres sacrés du cinéma français, qui vient de décéder à l'âge de 79 ans, était connu pour son talent comique mais avait également su s'imposer dans des rôles dramatiques. Sa filmographie en images Quel a été votre meilleur moment avec Michel Serrault? RACONTEZ sur notre nouveau FORUM

Serrault s'en est allé
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AFP

Michel Serrault, un des monstres sacrés du cinéma français, qui vient de décéder à l'âge de 79 ans, était connu pour son talent comique mais avait également su s'imposer dans des rôles dramatiques.

En plus d'un demi-siècle d'une impressionnante carrière, il a joué dans quelque 135 longs métrages (sans parler des téléfilms), sous la direction de Clouzot, Chabrol, Mocky, Lautner, Audiard, Blier, Zidi ou Kassovitz.

Cinq fois nominé, il a obtenu trois Césars : en 1979 pour son plus grand succès, "La cage aux folles" (d'Edouard Molinaro), 1982 pour "Garde à vue" (de Claude Miller) et 1996 pour "Nelly et Monsieur Arnaud" (de Claude Sautet). Cet homme au physique de monsieur-tout-le-monde et au caractère fougueux, cabotin, provocateur, franc et chaleureux répétait que le principal souci dans son métier était de ne pas ennuyer le spectateur. Peut-être grâce à cette ambition, il a accumulé une impressionnante galerie de portraits, se glissant avec la même aisance dans la peau de personnages ambigus et dramatiques, du Dr Petiot à Zaza, l'homosexuel excentrique de "La cage aux folles", d'Harpagon à Nestor Burma.

Le public n'a longtemps attendu de lui qu'une seule chose : qu'il fasse rire. Mais, comme tous les clowns qu'il prenait d'ailleurs pour modèles, Michel Serrault était dans le fond assez triste. Il se définissait comme "l'âme de Chaplin sur un corps d'apothicaire".

Clown triste

Né le 24 janvier 1928 à Brunoy (Essonne) dans une famille modeste et chrétienne, il entre à 14 ans au petit séminaire. Hésitant entre devenir curé ou clown, il choisit finalement le monde du spectacle.

Il fréquente dès 1949 la fameuse troupe des "Branquignols" de Robert Dhéry et apparaît pour la première fois au cinéma en 1954 dans "Ah ! les belles bacchantes !" de Jean Loubignac. Avec son complice et ami Jean Poiret (décédé en 1992), il monte un fameux numéro de cabaret qui fait les beaux soirs de l'Alhambra, de Bobino ou de l'Olympia. Puis, pendant vingt ans, Michel Serrault accumule les rôles plus qu'il ne les choisit véritablement. Les navets, il les appelait "mes exercices de style". "Mes auditions, poursuivait-il, je les ai passées à l'écran". Il retrouve Poiret pour "La cage aux folles" qu'ils jouent plus de 1 500 fois. "Il n'était pas question de se vautrer dans une farce épaisse et vulgaire. Nous avons prouvé que l'ennui au théâtre n'était pas un mal nécessaire", disait Serrault. "Combien tu me manques, Jean. Toi, tu as su tout dissimuler sous le rire. Moi, j'y parviens de moins en moins", a-t-il aussi écrit dans un livre de souvenirs.

Au milieu des années 70, ses personnages s'étoffent et on le voit dans des rôles dramatiques comme dans "Pile ou face" (Enrico), "Garde à vue" (Miller), "L'ibis rouge" (Mocky, un de ses grands potes) où il étrangle des femmes. Il dit que jouer "les tordus" l'amuse. Au théâtre, on le remarque notamment dans "L'Avare" (1986) et dans "Knock" (1992). "Si on n'a pas d'intention intérieure, les mots ne veulent rien dire. Je voudrais être un passeur, un messager. Je suis contre les acteurs qui se disent + humbles serviteurs de l'auteur +", disait-il de son métier.

A la télé, entre autres prestations, il campe en 2003 pour TF1 un Gaston Dominici plus vrai que nature. Ses cheveux devenus tout blancs et sa silhouette davantage arrondie ne l'empêchaient pas d'intéresser de jeunes réalisateurs qui lui ont fait touner "Belphégor" ou "Une hirondelle a fait le printemps". Avec sa femme Juanita, épousée en 1958, ils ont eu deux filles, l'aînée se tuant en 1977 dans un accident de voiture. N'ayant jamais cessé d'être croyant, il restait fort pudique sur sa vie privée. Il passait beaucoup de temps dans sa propriété du Perche et sa maison de Neuilly-sur-Seine où on pouvait encore récemment le voir, en soirée, promener paisiblement son chien.


Un grand vide pour Pierre Tchernia La mort de Michel Serrault laisse pour Pierre Tchernia, qui l'avait mis en scène dans "Le Viager", "un grand vide". "C'était une joie de travailler avec lui. Ce qui était magnifique, c'était son besoin de création, de faire les choses. Pour lui, le métier d'acteur était idéal : à chaque fois, il fallait inventer un personnage", a déclaré Pierre Tchernia. "Pour chaque scénario, il poussait les réalisateurs dans leurs retranchements pour savoir où ils voulaient l'emmener à travers le personnage", a-t-il ajouté. "Quand il a commencé les répétitions de +"La cage aux folles+, on ne savait pas comment le public allait réagir. Dans son numéro totalement clownesque de +Zaza+, il a réussi à glisser de l'humanité. C'était sa force avec tous les personnages, les plus comiques comme les plus odieux", a-t-il encore dit. "Quand on parle de Michel, il ne faut pas oublier que c'était un grand chrétien. Il allait aux offices, il écoutait beaucoup de musique religieuse", a enfin noté Pierre Tchernia, "bouleversé par la disparition de Michel, (...) un de mes amis les plus proches depuis 1950". Nicolas Sarkozy salue "un monument" aux "immenses talents d'acteur" Le président de la République fait part de sa "profonde tristesse" après le décès de l'acteur français Michel Serrault à l'âge de 79 ans dimanche. Nicolas Sarkozy salue en Michel Serrault "un monument du monde du théâtre de boulevard, du cinéma et de la télévision", rendant hommage dans un communiqué à "cet artiste populaire à la filmographie impressionante" qui "a sur marquer chaque Français par ses immenses talents d'acteur, aussi bien comique que dramatique". Le président de la République adresse par ailleurs ses "plus sincères condoléances" à la famille du grand acteur "ainsi qu'à l'ensemble du monde du spectacle".

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