Drive In Movies: Vingt ans, l'âge de raison

Voilà 20 ans que cela dure, que, tous les week-ends d'août, les Arcades du Cinquantenaire accueillent des hordes de voitures. Ce qui les fait se déplacer, un vieux fantasme, celui des drive in américains. Ecoutez Samira Amor, chargée de Projet sur Ciel Radio

Drive In Movies: Vingt ans, l'âge de raison
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H. H.

Voilà 20 ans que cela dure, que, tous les week-ends d'août, les Arcades du Cinquantenaire accueillent des hordes de voitures. Ce qui les fait se déplacer, un vieux fantasme, celui des drive in américains. Quand il a créé les Drive In Movies en 1988, Michel Culot, ancien de l'ASBL la Rétine du Plateau - qui cherchait déjà à montrer le cinéma autrement (Petits déj', Nuits du cinéma...) - misait clairement sur cette nostalgie. "L'offre culturelle n'était pas très étoffée l'été à Bruxelles. Nous sommes arrivés au bon moment, à l'époque où se créaient Kinepolis, le festival Couleur Café... A l'origine, c'était l'envie d'installer un grand écran à l'extérieur en ville, de sortir le cinéma de la salle en s'inspirant de l'esprit des drive in américains des années 50 et 60." Avec une programmation en accord, revisitant, au fil des années, les classiques des fifties. (*) Et le succès est directement au rendez-vous : 12 000 visiteurs la première année, 15 000 en 1989 et 20 000 en 1990. Aujourd'hui, la moyenne est restée plus ou moins la même, entre 15 000 et 18 000 spectateurs par saison.

Mais, selon M. Culot, le public a évolué en même temps que le Drive In. Si la cible était les 18-35 ans, l'audience est devenue au fil des ans de plus en plus familiale, avant de rajeunir à nouveau et de devenir... de plus en plus piétonne. Les voitures restent évidemment majoritaires sur l'esplanade du Cinquantenaire mais, signe des temps, on y vient de plus en plus en métro, à vélo... De quoi donner l'idée aux organisateurs de créer cette année le Walk In Movies (cf. ci-dessous). L'ébauche d'une transition à l'heure où l'augmentation du pétrole et les inquiétudes écologiques freinent l'utilisation de la voiture... "A l'époque, on ne parlait pas de préservation de la planète, de bilan carbone; il n'y avait pas cette prise de conscience globale. Le Walk In est lancé pour assurer la transition. Il n'est pas impossible que le Drive In disparaisse d'ici 4 ou 5 ans..."

Si le public a changé sa façon d'appréhender le Drive In, la programmation a, elle aussi, évolué. Plus de classiques au programme ces dernières années mais la reprise de films de l'année écoulée et l'une ou l'autre avant-première. Comme, en ouverture ce vendredi soir, "Mamma Mia !", pénible adaptation avec Meryl Streep de la comédie musicale d'après les tubes d'Abba qui cartonne de Londres à Broadway. On se rattrapera le lendemain, toujours en musique, avec "Shine a Light", concert new-yorkais des Stones filmé par Scorsese. Egalement au programme, les vendredis et samedis jusqu'au 13 septembre, "Rec", "The Happening", "Sex and the City", "Wanted"... Sans oublier quelques blockbusters comme "Indiana Jones 4", "Iron Man" et l'incontournable "Bienvenue chez les Ch'tis". Parmi cette programmation sans risque, se glisse quand même, le samedi 23 août, un film belge, l'"Eldorado" de Bouli Lanners.

D'autres toiles insolites

Même si le Drive In venait à disparaître, pas d'inquiétude pour autant du côté de Michel Culot, qui nourrit d'autres projets pour tenter d'intégrer le cinéma aux quartiers bruxellois. Dès l'été prochain, "Cinéplaces", inspiré du concept français des Cinésites et proche de ce que proposait en juillet "Bruxelles fait son cinéma", devrait investir quelques places de la capitale pour une série de projections en plein air en association avec les bistrots et les restaurants alentours. Autre idée, faire monter la toile sur les toits de la ville, du Mim au Bozar en passant par la Tour Dexia, le Parking 58... Premiers vertiges prévus pour mai-juin de l'année prochaine. Enfin, M. Culot et sa boîte V.O. Communication (à qui l'on doit aussi l'idée de la traditionnelle patinoire de fin d'année à Bruxelles) envisagent une variation sur le principe de la sneak preview. Soit un film mystère à découvrir dans un lieu secret, dont on recevrait une invitation par SMS ou par e-mail...

Bref, à pied, à vélo, en voiture, au Cinquantenaire, sur un toit ou sur une place, il y a mille et une façons d'aller au cinéma.

Drive In Movies, les vendredis et samedis dès 20 h (film à 22 h) sur l'Esplanade du Cinquantenaire, du 8/8 au 13/9. Voiture : 16 € (étudiants 14 €, ancêtres 11 €); piétons : gratuit.

Décidément, le cinéma en plein air a la cote, même à la côte. Tous les jeudis jusqu'au 21/8, la plage de Zeebruges propose elle aussi ses séances en plein air (à 15 h, 18 h et 20 h).

(*) On retrouvera cet esprit années 50, toujours en plein air mais aux pieds de l'Atomium, du 5 au 21/9 à travers une programmation de la Cinémathèque pour le 50e anniversaire de l'Exposition universelle.


Apéros et toiles musicalesSurfant sur la vogue des apéros urbains qui font fureur à Paris ou à Londres, le principe des Walk In Movies est plus proche du cinéma itinérant méditerranéen que du Drive In américain : flâner, prendre un verre, manger un bout et profiter d'une toile musicale. La thématique retenue pour cette première édition est en effet celle de la musique, avec la particularité que la programmation est faite par les spectateurs eux-mêmes. Ils choisiront en effet en ligne (jusqu'à quelques jours avant la séance), parmi une vingtaine de titres, les huit films projetés les mercredis et jeudis dans le parc du Cinquantenaire. Ont d'ores et déjà été retenus "Grease" (13/8) et "La Môme" (14/8)... Mais il est encore temps de sauver "The Last Waltz" de Scorsese, "Singin'in the Rain", "Chicago" ou "The Blues Brothers"... Walk In Movies, les mercredis et jeudis dès 18 h 30 (film à 22 h), du 13/8 au 4/9. Entrée libre.