April in Paris

Dans leur coquette villa de Revolutionary Road, les Wheeler semblent avoir tout, tout, tout pour être heureux. Toutefois, l’épouse se sent totalement asphyxiée par le conformisme de cette banlieue et rêve d’une vie de bohème à Paris. Goût de l’aventure ou effet d’une névrose ? Dix ans après “Titanic”, Sam Mendes réunit Kate Winslet et Leonardo DiCaprio pour poursuivre, en vrillant son étude sur le couple et l’aliénation résidentielle américaine entamée dans “American Beauty”. 2H05

Fernand Denis
April in Paris
©UPI/DREAM WORKS

Il l’a vue, elle l’a vu, cela s’appelle un coup de foudre. Plan suivant.

Elle avait un rêve : devenir actrice. Elle avait même un diplôme, mais quand le rideau est tombé sur cette représentation foireuse dans cette salle provinciale, il est clair qu’il ne se réaliserait pas.

Il avait un cauchemar : devenir, comme son père, un petit employé anonyme de l’entreprise Knox. Et voilà que chez Knox, il vient de se faire remonter les bretelles par son chef. Le cauchemar est en train de se réaliser.

Pourtant, en ces années 50, les Wheeler sont la carte postale du rêve américain. Joli couple, deux enfants, fille et garçon, travail stable pour monsieur, madame s’affaire dans sa cuisine électroménagère, adorable villa au bord des bois et gazon impeccable devant la façade du 115, Revolutionary Road. Tout, tout, tout pour être heureux. Il ne leur manque rien. Juste un rêve.

Un rêve, April a celui de vivre ailleurs. Et si on vendait tout, si on quittait ce trou perdu pour vivre en Europe, à Paris. April est irrésistible quand elle a un projet, elle irradie une terrible énergie, décidée de prendre sa vie en main, de ne pas la laisser couler comme du sable, jusqu’à la mort.

Pourquoi pas, se dit Frank qui aime la voir comme cela. Mais pourquoi ne pas rester quand l’annonce d’une belle promotion semble pouvoir dégager de nouveaux horizons.

"Revolutionary Road" rappelle ces drames à la Tennessee Williams. D’ailleurs, il est l’adaptation d’un roman de Richard Yates, publié en 61. L’air du temps est assez semblable, mais avec des différences notables. On n’est pas dans le Sud, le milieu est plus modeste, l’emprise exercée par la famille est quasi nulle. En revanche, la névrose est omniprésente, exposée sous de multiples formes. L’asphyxie de la banlieue chez April, l’obsession du conformisme chez son envahissante voisine qui a envoyé son fils (Michael Shannon, révélation du film) à l’asile psychiatrique, car il ne respecte pas les règles de la vie sociale.

Americain Nightmare

Dans cet univers résidentiel cher au réalisateur de "American beauty", ce garçon est une bombe, car il fait deux choses formellement interdites en société : il dit ce qu’il pense et il ne parle pas pour ne rien dire, une discipline qui vaudrait la médaille d’or à sa mère aux J.O. du bla-bla.

Ce qu’il pense, c’est qu’il faut être fou pour rester dans le moule, car, précisément, le moule rend fou. Il faut être fou pour ne pas vouloir partir. Mais est-ce s’ouvrir au monde ou fuir son échec, ses frustrations, son insatisfaction?

Voilà en tout cas un film qui a de l’ambition, celle d’affronter des questions de couple, frontalement mais aussi subtilement, car aucun personnage n’est à charge, sauf peut-être Kathy Bates. Et Sam Mendes laisse toute liberté au spectateur d’interpréter les actes, les attitudes, les stratégies, car aucun ne fait ce qu’il dit.

C’est ce qui rend ce film passionnant, d’autant plus qu’il est emballé avec le talent, non sans glamour, du couple de "Titanic". Leonardo Di Caprio a l’intelligence de ne pas rendre son personnage trop carré, alors que Kate Winslet a le chic de ne pas le rendre trop allumé. Une figure féminine qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher de celle qu’elle incarnait dans "Little Children" dans une sorte d’exploration de l’aliénation résidentielle.

Les Noces Rebelles - bande annonce vf - La Libre.be
Un film de Sam Mendes avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Kathy Bates. Au cinéma le 21 Janvier 2009 http://www.lesnocesrebelles.fr/


Réalisation : Sam Mendes. Scénario : Justin Haythe, d’après le roman de Richard Yates. Image : Roger Deakins. Décors : Kristi Zea. Costumes : Albert Wolsky. Montage : Tariq Anwar. Musique : Thomas Newman. Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Kathy Bates, Michael Shannon, David Harbour 2h05.