Audrey Tautou, c’est Chanel n°1

On la connaît depuis une dizaine d’années, elle n’a pris un gramme de poids, pas perdu un gramme de gentillesse, et déborde toujours d’enthousiasme. Si la femme ne change pas, elle a toujours l’air d’une gamine; son statut, lui, a changé.

Audrey Tautou, c’est Chanel n°1
©KFD

Entretien par Fernand Denis On la connaît depuis une dizaine d’années, elle n’a pris un gramme de poids, pas perdu un gramme de gentillesse, et déborde toujours d’enthousiasme. Si la femme ne change pas, elle a toujours l’air d’une gamine; son statut, lui, a changé. La tenue est discrètement chic, des talons, un pantalon en soie, un chemisier gaufré blanc avec deux cols. Un petit col au ras-du-cou, pour passer sa tête, et puis un faux col, très large. Façon élégante et rigolote à la fois de dire qu’elle a l’étoffe et la carrure de porter cette biographie de Chanel dans le monde entier.

Je vais vous faire des vacances”, nous disait-elle, en guise d’au revoir, à l’issue de l’interview sur “Ensemble, c’est tout”. Alors, ces vacances ?

“Longues, mais je les ai très bien supportées”, éclate de rire Audrey Tautou. Je venais d’enchaîner trois films : “Da Vinci code”, “Hors de prix”, “Ensemble, c’est tout”. J’ai besoin de respirer entre les tournages. Le hasard de la vie m’avait proposé ces trois projets qui se sont enchaînés. Je les ai faits, parce que je ne sais pas résister aux belles tentations, mais à la fin de “Ensemble, c’est tout”, je ne pouvais pas retravailler tout de suite”.

Le projet Chanel n’était-il pas déjà en marche à ce moment-là ?Anne Fontaine m’avait déjà demandé si j’étais intéressée par le rôle de Coco Chanel. Ce n’était pas la première fois, on me l’avait déjà proposé plusieurs fois. J’avais refusé, car j’avais trouvé que les projets n’étaient pas à la hauteur d’une telle personnalité. Anne n’avait encore rien écrit, et elle n’était décidée à se lancer que lorsqu’elle aurait trouvé une période de sa vie qui puisse donner matière à un film intéressant au-delà des passionnés de la mode. Finalement, elle a découvert cette partie de sa jeunesse où son caractère est en train de se forger, où elle rencontre des hommes qui, d’une certaine manière, l’ont aidée à tracer sa route, autant d’éléments sans lesquels son destin aurait été différent. C’est un projet qui s’est construit lentement. Mais si le scénario ne m’avait pas plu, je ne l’aurais pas fait. Chanel, c’est pas n’importe qui. Il n’y a presque pas de films sur elle, je n’aurais pas voulu gâcher un rôle pareil.Il n’y avait pas, ou presque, de films sur Chanel. Et maintenant, ils se multiplient.Il y a eu le téléfilm américain avec Shirley Mac Laine, mais le film en projet ne se fera pas. Et puis, il y a “Chanel&Stravinsky” de Jan Kounen. Grâce au succès de “La Môme”, les Français s’intéressent à ce genre, le biopic, qu’affectionnent les Américains. Chanel, comme Piaf, fait partie des personnalités françaises internationalement connues. Et puis, la vie de Chanel est tellement riche, dense, incroyable, qu’il y a matière à dix films. C’est une femme hors du commun.Peut-on voir en elle une sorte de préféministe ?Oui. Par son désir d’être libre, indépendante, à une époque où une femme n’est rien, tant qu’elle n’est pas mariée. C’est le mariage qui donne un statut à la femme, mais elle est complètement dépendante de son mari. Ce désir d’être libre, ce besoin d’indépendance se sont traduits dans ses vêtements. Ils passaient par la liberté de se mouvoir, de respirer, de bouger comme un homme. Elle a complètement rejeté l’image de la femme ampoulée, entretenue, qu’elle a découverte dans le monde de l’aristocratie et des mondanités. Bien sûr, elle ne pouvait pas se définir comme féministe, mais c’était une avant-gardiste.La mode est-elle un moyen d’expression ? Je porte ce que je suis ?Chez Chanel, oui, la mode n’est pas un accessoire, c’est une identité. Et c’est le cas pour beaucoup de gens, chez qui le vêtement reflète la personnalité. Une femme vulgaire met des vêtements qui le sont. Une femme discrète ne porte pas un pull rose fluo…Vous avez grandi en Auvergne, Chanel, aussi. Cela vous a-t-il aidée à la comprendre ? Le terroir façonne-t-il les personnalités ?Certainement. Quand on vient d’Auvergne, on est loin de tout. On vit au centre de la France. Donc, on est loin de la montagne, loin de la mer, loin de l’océan, loin de Paris. On n’est pas isolé, mais on vit dans un univers très rural. Ça forge sans doute le caractère. Si on veut nous chercher des points communs, je pense qu’on a toutes les deux quelque chose de très terrien. Elle connaissait la valeur du travail, et elle disait que le métier qu’elle admirait le plus, c’était paysan.Benoît Poelvoorde est votre partenaire, l’acteur correspond-il à l’image que vous pouviez en avoir ?En fait, il m’intimidait beaucoup, car dans chaque film où je l’avais vu, je l’avais trouvé exceptionnel. Il a une énergie sidérante, il faut pouvoir en pomper un peu pour soi. Mais ce qui m’a troublée, c’est que, derrière cette personnalité extrêmement drôle, exubérante et fantaisiste, se cache un être intelligent, cultivé, attentif. C’est vraiment un être à part.Il n’était pas le seul Belge sur le plateau, il y avait aussi le directeur photo, Christophe Beaucarne.Oui, les machinistes aussi étaient belges, et la seconde assistante caméra. Christophe est un formidable directeur photo, car, d’une part, il est subtil et raffiné, mais il a aussi une technique, une robustesse, une énergie qui ont permis de tourner le film de façon dynamique, avec la caméra à l’épaule.Avez-vous gardé un costume du film ?Non, ils vont tous au musée Chanel. Mais je mets une grosse pression pour garder la veste que je porte quand je monte à cheval. Je l’adore, je pourrais tout à fait la porter dans la vie. Comme quoi, son style est vraiment indémodable !