10 ans pour sauver la Terre

Sur grand écran, en télé, en dvd et en ligne, Yann Arthus-Bertrand lance un cri d’alarme nécessaire. Il reste dix ans à l’homme pour infléchir sa politique environnementale et sauver la Terre, qu’il a épuisée en un siècle d’exploitation industrielle forcenée de ses ressources. Fidèle à sa philosophie de “La Terre vue du ciel”, le photographe nous montre la beauté de notre planète pour mieux nous faire prendre conscience de sa fragilité. Un électrochoc salutaire. 1h50. "Home", tout de suite à la maisonVoir la bande-annonce du film

Hubert Heyrendt
10 ans pour sauver la Terre
©LLB

Le compte à rebours est lancé. Dans dix ans, si nous n’avons pas pris les mesures nécessaires, on ne pourra plus revenir en arrière. C’est de cette constatation pessimiste quant à l’avenir de notre planète sur laquelle s’accordent les scientifiques que part Yann Arthus-Bertrand pour construire son premier long métrage. Le message est connu, voire rabâché. Pourtant, il semble nécessaire de le rappeler encore et encore puisque nous refusons d’ouvrir les yeux. Depuis son expo "La Terre vue du ciel" en 2000, le photographe français est l’une des voix les plus entendues en ce domaine, car son message, il le distille avec intelligence en faisant appel à l’émotion pure.

"Home" en apporte à nouveau une fantastique démonstration. Et très vite, on oublie que le film a été financé par le groupe Pinault-Printemps-Redoute - ce qui nous est pourtant rappelé dès le banc-titre, les lettres de "Home" étant composées avec les logos des marques de PPR Très vite, on se laisse porter par la beauté des images aériennes tournées dans une cinquantaine de pays. Pourtant, quelque chose a changé depuis "La Terre vue du ciel". Aux somptueux paysages, Yann Arthus-Bertrand oppose les cicatrices laissées par l’homme sur la Terre après un siècle d’exploitation intensive de ses ressources. Une Terre quasiment exsangue, qu’il s’agisse des réserves de carburants fossiles, des nappes phréatiques, des forêts primaires, des bancs de poissons En effet, la beauté est une fois encore utilisée par Arthus-Bertrand pour provoquer un choc chez le spectateur, une prise de conscience de la fragilité de notre Terre.

Supervisé par Al Gore, qui apporte sa caution scientifique au film, le commentaire - dit en télé par le cinéaste et au ciné par Jacques Gamblin en français et Glenn Glose en anglais - est construit pour faire monter la tension jusqu’à créer un réel sentiment de malaise physique, de désespoir face aux excès consuméristes de la société occidentale. Car ce que nous raconte "Home", c’est le récit d’une destruction systématique, des mauvais choix effectués durant le XXe siècle et dont il va falloir assumer les conséquences au XXIe. Survolant Palm Springs ou Dubaï, oasis urbaines dans des déserts arides, ces cultures dans les sables d’Arabie à l’abandon après l’épuisement des ressources en eau souterraine ou encore ces champs américains ratissés de façon industrielle, Arthus-Bertrand expose la stérilité de nos modèles de développement, où l’homme a toujours pensé en fonction de sa présupposée supériorité sur la nature. L’exposé est clair, net, précis, implacable.

Global, il remet en question notre mode de vie et nous force à chercher des solutions pour en changer. Dans les dernières minutes, Yann Arthus-Bertrand fait ainsi retomber la tension en égrainant quelques pistes. Une note d’espoir qui n’enlève rien à l’électrochoc provoqué par "Home".


Réalisateur : Yann Arthus-Bertrand Scénariste : Isabelle Delannoy Producteur : Luc Besson Musique : Armand Amard 1 h 5O.