Little Miss Cleaning

Pour joindre les deux bouts une jeune femme accepte un travail lucratif peu ragoûtant : nettoyer les scènes de crimes. Sur ce sujet, Christine Jeffs fait preuve d’exceptionnelles qualités de funambule en livrant une comédie sensible et humaine dans l’esprit de “Little Miss Sunshine”. Avec une épatante Amy Adams. 1h20.Voir la bande-annonce du film

Fernand Denis
Little Miss Cleaning
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Employée d’une entreprise de nettoyage, Rose n’arrive plus à joindre les deux bouts. En plus du boulot, elle doit s’occuper de son père qui ne va pas bien, de sa sœur qui part en vrille, et de son petit garçon au comportement limite zarbi qui l’oblige à l’inscrire dans une école privée. Un jour, son amant, inspecteur de police, la tuyaute sur une activité très lucrative mais honnête : nettoyer les scènes de crimes. Késako ? Après le passage des autorités sur une fusillade, un suicide, la découverte d’un corps inanimé, il s’agit ensuite de remettre les lieux en état, de faire disparaître toutes les traces du drame. Voilà qui n’augure pas vraiment d’une franche rigolade; c’est pourtant une comédie. Très sensible, même.

Sur ce sujet plus que bordeline, Christine Jeffs, dont c’est le troisième long métrage, fait preuve de qualités de funambule tout à fait exceptionnelles. La situation s’offre à de multiples regards, de professionnel à complètement cynique du style "chouette, un suicide, cela fait du travail, de l’argent qui rentre". De fait, il y a de cela chez Rose, mais cette approche macabre n’empêche nullement la jeune femme de faire son travail avec cœur et humanité.

A partir de cette situation paradoxale, la cinéaste brosse un portrait fouillé et complexe de son héroïne. Ancienne reine de beauté du collège, Rose n’a pas pu, ou voulu, exploiter ses charmes pour se caser et vivre une existence confortable. Pour simplifier, elle a mûri en reine de bonté, une beauté intérieure qu’on apprend à découvrir le temps du film. Le portrait est délicat, tout en nuances et subtilité, grâce à une formidable comédienne : Amy Adams. Celle qui incarnait la frêle religieuse, coincée entre Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman dans "Doubt", est une sorte d’Isabelle Carré made in USA, soit une jeune fille plutôt discrète, mais tellement surdouée pour donner une âme et une épaisseur à ses personnages.

Le "Sunshine" du titre, le combi VW de l’héroïne, la présence d’Alan Arkin dans le rôle du père sont autant d’éléments qui rapprochent ce film du mémorable "Little Miss Sunshine".

On y reconnaît un rythme, un ton, une façon de densifier la comédie avec de l’observation du réel et aussi de la symbolique. Ainsi, tout en s’activant sur leurs scènes de crime, il est clair que Rose et sa sœur opèrent chacune le grand nettoyage dans leur "propre" existence et à l’intérieur de leur famille.

C’est que cette comédie adulte est pilotée par les mêmes producteurs, Peter Saraf et Marc Turtletaub. Un duo qui prouve que la comédie n’est pas forcément régressive et qu’on peut faire rire dignement dans la marge en célébrant la différence. A découvrir.


Réalisé par Christine Jeffs. Scénario : Megan Holley. Image : John Toon. Musique : Michael Penn. Décors : Joseph T. Garrity. Avec Amy Adams, Emily Blunt, Alan Arkin 1h20.