Ainsi fut Fufu

La postérité a décidé : de Funès a gagné. Lorsqu’il était l’acteur le mieux payé du cinéma européen, le chouchou du public; Louis de Funès déchirait la page culture à chaque fois qu’il achetait le journal, de peur de s’y voir égratigné par la critique. On imagine la scène sans peine. Aujourd’hui son génie comique est unanimement reconnu.

F.Ds

La postérité a décidé : de Funès a gagné. Lorsqu’il était l’acteur le mieux payé du cinéma européen, le chouchou du public; Louis de Funès déchirait la page culture à chaque fois qu’il achetait le journal, de peur de s’y voir égratigné par la critique. On imagine la scène sans peine. Aujourd’hui son génie comique est unanimement reconnu. Génération après génération, il déclenche le rire et les nouveaux rois de la comédie ne manquent jamais de le célébrer, de Benoît Poelvoorde à Christian Clavier qui s’époumonent à l’imiter.

Un peu plus de 25 ans après sa mort, en janvier 1983, Bertrand Dicale lui consacre une solide biographie qui ne perce pas le mystère de l’homme qui est resté très secret, mais permet, entre autres, de comprendre les raisons de ce divorce dont il a tant souffert. Pourquoi les grimaces de Jerry Lewis suscitaient-elles l’admiration des critiques alors que les siennes subissaient l’opprobre ? Un double phénomène, sans doute. D’une part, Louis de Funès s’est imposé comme un acteur génial dans beaucoup de films... médiocres à bien des points de vue. D’autre part, il a façonné un personnage, qu’il ne cessera d’incarner film après film. On le connaît par cœur cet individu à double face : intraitable, méchant, tyrannique avec ses inférieurs et mielleux, hypocrite, faux cul avec ses supérieurs.

En revisitant toute sa carrière, Bertrand Dicale montre qu’avant de devenir une énorme vedette, de Funès a beaucoup varié les rôles dans ce qui était pour lui un métier, mais pas vraiment une vocation.

Louis de Funès de Galarza n’était pas un acteur dans le sang. Il n’a pas laissé de souvenir de la pièce qu’il joua au collège et s’il a fréquenté l’école technique de cinéma de Vaugirard - celle où étudiera Jaco Van Dormael - c’est tout simplement qu’il habitait la rue. D’ailleurs, il ne s’y attardera pas. S’il se distingue durant ses vingt premières années, c’est uniquement parce qu’il se fait renvoyer de partout. Même de l’armée. La seule chose qu’il semble apprendre, c’est le piano, avec sa mère. Et il en fera longtemps son gagne-pain. Cependant, comme le métier d’acteur rapporte plus, il fréquente le cours Simon.

Grâce à son pote Daniel Gélin, il décroche des petits rôles, par-ci par-là. Dont 43 secondes, onze mots et trois plans en portier dans "La tentation de Barbizon", en 1945. Son ambition est alors de gagner sa vie et son rêve de devenir un second rôle de renom, le nouveau Noël Roquevert. C’est un véritable roman qui va mener ce figurant, fils d’émigrés espagnols, jusqu’au sommet de la hiérarchie.

Y serait-il jamais arrivé sans sa mère ? C’est qu’il a puisé une bonne part de son génie comique dans les colères maternelles. " Elle était très faux jeton, disait-il. Lorsqu’elle grondait ses enfants, elle prenait parfois un ton mielleux tout en cherchant de la main, derrière elle, un objet - une pomme, un livre - qu’elle lançait soudain à la tête dans une brusque éruption de fureur."


"Louis de Funès", Bertrand Dicale, Grasset, 528 pages, 20,90 euros.