When They Were Kings

En 1996, dans “When We Were Kings”, Leon Gast retraçait le “combat du siècle” entre Mohammed Ali et George Foreman. Son monteur, Jeffrey Levy-Hinte, en livre la prequel: le triple concert qui se tint à Kinshasa, avec la crème de la scène soul-funk de l'époque. Electrisant. I Feel Good! 1h33 Regardez la bande-annonce

A.Lo.
When They Were Kings
©ABC

Le 30 octobre 1974, se tenait à Kinshasa, dans ce qui était encore le Zaïre de Mobutu Sese Seko, le "combat du siècle" entre Mohamed Ali et George Foreman. Cet événement sportif, financé par le maréchal-président et monté de toutes pièces par un promoteur débutant, Don King, avait déjà été retracé dans le remarquable "When We Were Kings" de Leon Gast, sorti en 1996. Grâce au monteur de ce dernier, Jeffrey Levy-Hinte, on peut cette fois revivre le concert marathon de trois jours qui précéda le match de boxe. Il réunit la crème de la scène soul mondiale à l’initiative de Hugh Masekela, musicien sud-africain, et Stewart Levine, producteur.

L’intérêt de cette prequel est multiple. Il y a, d’abord, le plaisir de revoir des performances live de quelques-uns des plus grands artistes noirs de l’époque - pour la plupart disparus aujourd’hui. C’est une époque où la soul n’a pas encore été eMTiVisée: elle sort droit des tripes d’interprètes menant encore un combat pour l’égalité de leurs droits. Le titre du montage effectué par Levy-Hinte, emprunté à l’une des chansons phare de James Brown est, à cet égard, des plus opportuns.

Evitant un défaut récurrent du genre, Levy-Hinte préserve autant que faire se peut l’intégralité de la vingtaine de morceaux choisis - un délice pour les amateurs du genre. Avant la soul et le funk, place au blues de B.B. King qui livre une remarquable version de son "Lucille". The Crusaders, seul groupe muiltiracial de l’événement, sont exhumés à juste titre. On reste scotché devant la performance de Miriam Makeba, impériale. Celia Cruz n’a guère à lui envier, bénéficiant du soutien des salseros endiablés du groupe Fania All-Stars. Bill Withers fait des miracles avec sa guitare acoustique et l’on revit l’exubérance funk des seventies avec les Spinners, tout en costumes chatoyants et chorégraphies millimétrées. On en passe

Un regret : on ne voit des Sisters Sledge qu’un court "bœuf" dans les couloirs du stade (il est vrai qu’elles n’avaient pas encore rencontré le duo chic Nile Rodgers-Bernard Edwards). L’apothéose et l’estocade, c’est le Godfather of Soul himself qui les donne : pattes d’eph’, permanente, brioche et moustache, James Brown, encore tout enfiévré par son album "Payback", d’excellente mémoire, est au sommet de sa voix, de son jeu de jambes et de son charisme.

L’affiche est belle, très belle, donc (avec, en guest, le toujours bigger than life Mohammed Ali). Même si, sur nonante-trois petites minutes, on reste forcément sur sa faim, les amateurs se laisseront envoûter par des images pour la plupart inédites (capturées avec une liberté comme les maisons de disque n’en donnent plus par des propos du genre, dont Albert Maysles, un des maîtres du documentaire vérité, coréalisateur avec son frère de "Gimme Shelter", captation du mémorable concert des Rolling Stones à Atalmont). Pour scander le montage, Levy-Hinte l’entrecoupe d’images des préparatifs et des coulisses. Description fascinante d’un temps, qui paraît antédiluvien, où l’on organisait un triple concert de douze heures à cheval sur trois continents, sans téléphone portable ni courriel.

Seul bémol : Jeffrey Levy-Hinte, tout à son amour manifeste des artistes qu’il montre, oublie toute remise en contexte. C’est à peine si l’on devine que, dans l’ombre, Mobutu tire les ficelles et allonge les billets. Pas une réflexion n’est faite sur l’ambiguïté d’un événement, qui, consacrant les droits civiques des uns, faisait l’impasse sur l’oppression des autres : dans "When We Were Kings", un intervenant rappelait que les sous-sols du Stade du 20-Mai faisaient office de geôles pour les opposants au régime. Ce supplément de mémoire n’aurait pas terni l’esprit du "Soul Power".


Réalisation : Jeffrey Levy-Hinte. Montage : David A. Smith. Photographie : Paul Goldsmith, Kevin Keating, Albert Maysles, Roderick Young. 1h33

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