Symphonie funèbre

Destins croisés d’une photographe de guerre, d’un médecin du monde et d’une paysanne sur fond de décors majestueux dans les Andes. Le couple Jessica Woodworth et Peter Brosens multiplient les images travaillées dans une mise en scène parfois un peu trop démonstrative. 1h49

Symphonie funèbre
©Imagine
A.Lo.

Photographe de guerre, Grace (Jasmin Tabatabai) est forcée de photographier l’exécution de son guide irakien. Traumatisée, elle laisse partir son mari, Max (Olivier Gourmet), un chirurgien des yeux, en mission dans les Andes, au Pérou. Là-bas, un étrange mal frappe tous les habitants, suite à l’écoulement de résidus de mercure depuis une mine toute proche. Dans le village de Turubamba, Saturnina (Magaly Solier) attend le retour de son fiancé, parti accomplir dans les montagnes un rite traditionnel précédant le mariage.

On se souvient du très beau et poétique "Khadak" de Jessica Woodworth et Peter Brosens, film qui avait décroché le Lion du Futur au Festival de Venise, en 2006. Le couple affectionne les grands espaces arides et lointains : après les steppes de l’Oural, les hauts plateaux péruviens sont un décor idéal pour leur lyrisme visuel. Ils multiplient les larges mouvements circulaires autour de leurs protagonistes pour mieux embrasser la majesté des paysages andins. C’est presque chaque scène, chaque image, qui se veut symbolique et emphatique. Une beauté hypnotique se dégage par instant : une pluie de mercure à la sortie d’une église, un ballet de camions sur les lacets d’une colline, le sculpteur aveugle restaurant la statue de la Vierge

Les réalisateurs ont su aussi réunir un joli casting : Jasmin Tabatabai et Olivier Gourmet, mais aussi Magaly Solier, qu’ils ont choisie alors qu’elle n’avait pas encore remporté le prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Berlin, pour le bouleversant "La Testa Asustada", de Claudi Llosa.

Mais la narration d’"Altiplano" pèche par excès de démonstration. Tout à la fascination de leurs belles images, les réalisateurs sont incapables de terminer leur film, étirant sur près d’une demi-heure inutilement répétitive la conclusion de leur symphonie funèbre. Le mieux est l’ennemi du bien. Aussi louable soit le propos.

Réalisation et scénario : Jessica Woodworth et Peter Brosens. Photographie : Francsisco Gózon. Montage : Nico Leunen. Avec : Magaly Solier, Olivier Gourmet, Jasmin Tabatabai, 1h49