"L'arnacoeur": l'art subtil de la séduction

La séduction est tout un art, avec ses techniques qui s'apprennent et se travaillent. Mais, chacun le sait, cela ne marche pas toujours du premier coup. Romain Duris en fait la démonstration face à Vanessa Paradis dans une comédie romantique irrésistible, "L'arnacoeur". VIDEO: la bande-annonce du film

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"L'arnacoeur": l'art subtil de la séduction
©D.R.

Plus difficile encore que l'art de séduire: l'art de faire rire. Le pari est réussi pour Pascal Chaumeil, jusqu'alors spécialisé dans les spots publicitaires et les séries télévisées et qui réalise là son premier long métrage, drôle et léger, pétillant comme du champagne. Alex (Romain Duris) est un briseur de couples professionnel. Votre fille unique est mariée à un sinistre imbécile, votre soeur est amoureuse d'une brute épaisse, votre meilleure amie va se fiancer avec un salaud? Faites appel à Alex, il va sauver la situation.

Moyennant quelques milliers d'euros versés par la famille ou l'entourage, il vole -à leur insu- au secours de ces femmes malheureuses (ou sur le point de l'être). Il leur ouvre les yeux, en les séduisant, et transforme en ex n'importe quel mari, fiancé ou petit ami. Planques, écoutes téléphoniques, fausses identités, renseignements récoltés ici et là, tromperies diverses: Alex est aidé par sa soeur (Julie Ferrier) et son beau-frère (François Damiens). A eux trois ils ont monté cette petite entreprise de briseur de ménages à la demande, avec Alex comme fer de lance. Ses armes de séduction massive sont un sourire enjôleur, un charme protéiforme, un bagout bien rôdé. Aucune femme ni aucune situation ne lui résiste.

Dans ce métier bien particulier, qui lui laisse peu de place pour sa vie privée, Alex s'est cependant fixé deux règles d'éthique. 1: ne jamais coucher avec la femme qu'il "libère" de son compagnon. 2: ne briser que les couples dont les femmes sont malheureuses. Alors, quand un riche industriel fait appel à ses services pour sa fille Juliette (Vanessa Paradis), il commence par refuser. Belle, indépendante, intelligente, la jeune femme nage dans le bonheur à dix jours de son mariage avec un séduisant jeune Britannique, lui aussi riche et intelligent, lui aussi amoureux. Une idylle sans nuage, après trois ans de vie commune, l'Amour avec un grand A. Pour Alex, c'est "mission impossible".

Pourtant, il accepte le contrat, sous la pression de ses deux associés, car les finances de leur PME de séduction à la carte battent de l'aile. Il se fait engager comme chauffeur et garde du corps de Juliette qui, dès le début, lui mène une vie impossible. Il n'a plus que dix jours pour essayer de trouver la faille dans le bonheur apparent de la jeune femme. Mission impossible...

C'est le grand retour à l'écran de Vanessa Paradis, séduisante comme jamais. Mais la vedette du film est Romain Duris, acteur fétiche de Cédric Klapisch, qui ajoute pour la première fois à son charme naturel des talents d'acteur de comédie jusque là insoupçonnés. Et comme les bons films se jugent souvent par la qualité des seconds rôles, le duo Paradis-Duris est entouré par un autre couple au pouvoir comique dévastateur, Julie Ferrier et François Damiens.

Du tout début du film, très drôle, jusqu'au générique de fin, à l'américaine, "L'arnacoeur" est une comédie sentimentale qui prend exemple sur ses brillantes devancières hollywoodiennes des années 50. Le scénario est bourré d'invraisemblances mais cela n'a aucune importance: le cadre est joli (Monaco), les acteurs sont séduisants et drôles, l'histoire est légère et sentimentale, et l'on vous laisse même deviner comment tout cela finira.

Sans trop en raconter, on peut évoquer trois scènes irrésistibles, parmi bien d'autres: Vanessa Paradis fredonnant en cachette "Wake Me Up Before You Go-Go" de Wham! dans une décapotable conduite par Romain Duris; celui-ci dansant sur la musique de "Dirty Dancing" en pleine nuit dans un restaurant italien vide; François Damiens sequestrant dans sa chambre une Helena Noguerra pas vraiment à jeûn. Si aucun de ces trois moments ne vous fait éclater de rire, ou rire, ou simplement sourire..., alors ce n'est plus la peine d'aller au cinéma.