Dans la ligne de mire

Une nuit en enfer avec l’équipe d’un tank israélien, lors de l’invasion du Liban en 1982. Vétéran de cette guerre, Samuel Maoz signe dans ce premier film une réflexion sur le passage à l’acte dans un contexte où l’absence de celui-ci peut signifier la mort. A défaut d’innover, il saisit le spectacteur en l’enfermant dans l’espace confiné du char tout au lon du film. Lion d’or à Venise en 2009. 1h34Les chemins de la gloire VIDEO: la bande-annonce du film

A.Lo.
Dans la ligne de mire
©ABC

Deux ans après "Valse avec Bachir" d’Ari Folman, "Lebanon", Lion d’Or au dernier festival de Venise, est une nouvelle œuvre israélienne inspirée des souvenirs de la guerre au Liban, telle que la vécut son réalisateur, Samuel Maoz, alors jeune appelé. Passé un plan d’ouverture, fixe, sur un champ de tournesols écrasés par un soleil de plomb (métaphore d’une jeunesse dans la fleur de l’âge qui attend d’être fauchée), on ne verra plus rien du monde extérieur, sauf à travers le viseur de Samuel. Conscrit de 20 ans, celui-ci vient d’être affecté à la tourelle d’un tank. C’est la nuit, et un ordre de mission vient d’arriver. Il faut accompagner une unité parachutiste qui doit sécuriser un village libanais, tout juste bombardé par les avions israéliens. Pour ces guerriers de circonstance, c’est l’épreuve du feu et la confrontation à un dilemme que l’on qualifierait de moral, mais qui est surtout vital : réfléchir ou agir, tué ou être tué.

Samuel Maoz prend le parti de ne jamais quitter l’intérieur de la tourelle du char, d’où on suit les événements des premières vingt-quatre heures de l’invasion du Liban. Le concept n’est pas neuf. On se souvient du "Das Boot" de Wolfgang Petersen, remarquable épopée dans un sous-marin allemand, et, aussi, de "La Bête de guerre" de Kevin Reynolds, qui suivait déjà l’équipage d’un char, soviétique, en pleine guerre d’Afghanistan. "Lebanon" pousse à l’extrême le dispositif, qui devient une expérience quasi sensorielle pour le spectateur : la promiscuité, la cohabitation difficile, les tensions sont le lot d’un équipage qui ignore tout des tenants et des aboutissants de sa mission et, même, jusqu’à sa localisation précise. Quant au contexte géopolitique, Maoz n’en dit rien. Logique, du point de vue qu’il adopte : tout ce que l’équipage sait de la guerre se limite à ce qu’il découvre dans la ligne de mire de son canon. Point de vue qui interroge aussi le rapport aux images et à la réalité : "Lebanon" est une leçon pratique sur le hors-champ et la valeur que recèle (ou ne recèle pas) une information qu’on ne peut vérifier de ses propres yeux. Dommage que, par instants, la démonstration soit appuyée, le symbolisme surligné.

Quelle leçon tirer de cette épreuve dans laquelle se trouve projeté le spectateur-troufion : que la guerre, c’est l’enfer - qui en douterait encore ? - et que ceux qui la font n’y peuvent rien ? Dans "Lebanon" l’expérience de l’abjection ne peut déboucher sur son refus : la conscience est verrouillée lorsque se ferme l’écoutille du char. Maoz sait de quoi il parle. Et c’est ce qui est terrifiant.


Réalisation et scénario : Samuel Maoz. Avec : Yoav Donat, Itai Tiran, Oshri Cohen, Michael Moshonov 1h34.

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