Décor minimum, effet maximum

Quelque part en Irak, un homme retenu en otage dans un cercueil. Un décor, un personnage, quelques accessoires – briquet, GSM, crayon – suffisent à Rodrigo Cortès pour créer au premier degré un suspense d’une formidable intensité mais aussi, au second, un pamphlet politique épuré. Un impressionnant tour de force. 1h35Horaires et bande-annonce

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© BELGA
Fernand Denis

L’écran est noir et il le reste de longues minutes. Alors, on écoute, on entend comme une respiration saccadée et des bruits non identifiés. Enfin les étincelles d’un briquet qu’on essaie d’allumer éclairent fugitivement un œil, un nez. Celui d’un homme qui est un peu dans la situation du spectateur, il ne sait pas où il est, ni ce qui lui arrive. Il parvient à tenir le "Zippo" un moment et alors, tout le monde comprend, il est enfermé dans un cercueil. Forcément, il hurle. Aucune réponse.

Soudain une lumière bleue s’allume et quelque chose se met à vibrer : un portable. Sauvé ? Il rate l’appel. Pas facile de l’attraper quand on est pieds et poings liés. L’homme appelle le 911, le service d’urgence américain. Il n’est pas sorti des planches. Mais on sait qu’il est Américain, camionneur, travaillant pour un contractor en Irak. Son convoi a été attaqué et puis, c’est le trou noir. C’est le cas de le dire, six pieds sous le sable.

Dring. On l’appelle, c’est le kidnappeur, c’est 5 millions de dollars. Et notre homme de (se)remuer comme il peut, tous azimuts, son employeur, le FBI, sa famille. Beaucoup d’oxygène pour pas grand-chose.

Un décor, un personnage, quelques accessoires - briquet, GSM, crayon - suffisent à Rodrigo Cortés pour créer au premier degré un suspense d’une formidable intensité mais aussi, au second, une œuvre percutante au symbolisme ultime sur la présence américaine en Irak.

"Buried" est tout à la fois un thriller claustrophobique, un mélodrame téléphonique, un film de guerre, un exercice de style et un pamphlet politique avec des pointes d’humour sarcastiques sur ces fameux contractor, blackwater et autres compagnies américaines pour qui la guerre est une formidable aubaine. Ce point de vue critique et l’absence de star sont d’autant moins rassurants quant à l’issue des événements.

Dans la longue et palpitante liste des films qui ont traité de l’Irak, de "Dans la vallée d’Elah" à "Green Zone" en passant par "Démineurs", c’est en quelque sorte le film ultime, la synthèse épurée des thèmes abordés à l’intérieur même de son symbole, de l’objet emblématique de la guerre en Irak, la caisse en sapin. Sans doute faut-il y trouver la raison dans l’interdiction faite aux médias américains par l’administration Bush, de montrer les cercueils des soldats tués en Irak.

Petit bémol toutefois. Soucieux de dynamiser sa mise en scène et de rester un film d’exploitation, le réalisateur lâche d’abord un serpent et puis un peu la bride de sa caméra sur la fin. Mais qu’est-ce qu’elle est bonne, la première gorgée d’air en sortant de la salle !


Réalisé par Rodrigo Cortés. Scénario : Chris Sparling. Avec : Ryan Reynolds 1h35.

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