Retour aux sources

Retour aux sources des superhéros mutants : comment le professeur Xavier et le futur Magneto évitèrent une troisième guerre mondiale en 1962. Matthew Vaughn relance la saga avec brio et un supercasting, au premier rang duquel James McAvoy et Michael Fassbender, convaincants et charismatiques. 2h12.

A.Lo.
Retour aux sources
©D.R.

Le bien nommé "X-Men - Le commencement" ouvre le bal des blockbusters de l’été - où se bousculeront les superhéros. La première franchise ayant viré à la Bérézina au pied du Golden Gate Bridge, on redoutait un peu le pire pour ce "reboot". Si Bryan Singer, réalisateur des deux premiers opus de la saga, se retrouve à la production - un bon signe - c’est à Matthew Vaughn qu’ont été confiées les commandes de cet épisode : après avoir traité le genre au second degré dans "Kick-Ass", le voici de l’autre côté de la barrière, chargé de retrouver l’ADN des mutants de la Marvel.

Le récit remonte exactement à la même source que le premier épisode : le trauma original d’Erik Lehnsherr (Michael Fassbender), futur Magneto, séparé de ses parents aux portes d’un camp de la mort nazi. Sous l’effet de la colère, l’enfant découvre son pouvoir magnétique. Le docteur Schmidt (Kevin Bacon), séides des nazis, achève de porter celui-ci à son premier apogée. Vingt ans plus tard, Lehnsherr cherche toujours à se venger de sa Némésis. Parallèlement, le jeune Charles Xavier (James McAvoy), lui aussi doté d’un pouvoir mutant, est contacté par l’agent de la CIA Moira McTaggert (Rose Byrne), en tant que spécialiste des mutations génétiques : l’agence américaine soupçonne des individus aux talents surnaturels de vouloir provoquer une troisième guerre mondiale. Le destin va alors réunir Xavier et Lehnsherr, qui vont former la première équipe de X-Men.

Situé en 1962 - clin d’œil à l’année de naissance sur papier des héros - ce "Commencement" jongle habilement avec les idiosyncrasies propres du genre, tout en s’appuyant sur le contexte historique de l’époque (la crise des missiles de Cuba) que sur les référents du film d’espionnage des années 60 (clin d’œil à James Bond). Actioner assumé, propre à ravir aussi bien les geeks fins connaisseurs des comic books que les profanes, le film de Vaughn dose superbagarres et développement psychologique des personnages. Les très nombreux superhéros novices (le catalogue de la Marvel est inépuisable) sont à cet égard mieux lotis ici en temps de présence à l’écran et en consistance que ceux de la précédente saga, qui étaient souvent réduits à de la figuration.

Le casting de jeunes pousses mutantes et hollywoodiennes est impressionnant. Outre les précités, on reconnaît January Jones, Jennifer Lawrence (omniprésente, elle est aussi à l’affiche de "The Beaver"), Nicholas Hoult, Zoe Kravitz ou Jason Flemyng : il y en a pour tous les goûts des deux sexes Pour soutenir ceux-ci, le choix dans des "aînés" Michael Fassbender et James McAvoy s’avère payant, les deux acteurs jouant avec autant de conviction les scènes intimes que celles "à pouvoir" (où il en faut pour mouliner des bras dans l’air, en fronçant les sourcils ). Fassbender déploie une fois de plus tout son talent (notamment polyglotte) et son charisme, créant un Magneto à la hauteur de la version mûre qu’avait incarné avec brio Ian McKellen. Le regard de Bryan Singer transparaît dans la thématique sous-jacente du film, fil conducteur de toute la saga, l’éternelle peur de l’altérité chez l’homme et sa propension à l’éradiquer, que ce soit par la science, le génocide ou l’assimilation.

Trois alternatives s’offrent dès lors aux jeunes mutants, que résume le dilemme affectif auquel est confrontée la jeune Raven, hantée depuis sa prime enfance par sa différence : elle devra choisir entre Xavier, qui la cache depuis toujours, Hank McCoy, qui cherche une cure à sa propre mutation, et Lehnsherr, qui revendique avec force son identité. 1962, c’était aussi le début de la lutte pour les droits civiques et du débat entre deux manières de la mener, incarnée par Martin Luther King et Malcolm X. En créant les X-Men, Stan Lee, lui-même juif, parlait de leur temps aux jeunes lecteurs de la Marvel.


Réalisation : Matthew Vaughn. Scénario : Ashley Edward Miller, Zack Stentz. Avec : Michael Fassbender, James McAvoy, Kevin Bacon 2h12.